Follies

Sondheim

le 05/09/2015

par Chantal Cazaux

Larrio Ekson (Dimitri Waissmann), Charlotte Page (Sally), Graham Bickley (Ben), Liz Robertson (Phyllis), Jérôme Pradon (Buddy), Joe Shovelton (Roscoe), Denis d'Arcangelo (Solange), Nicole Croisille (Carlotta), François Beretta (Kevin), Orch., Chœur et Ballet de l'Opéra de Toulon, dir. David Charles Abell, mise en scène : Olivier Bénézech (Toulon, mars 2013).
DVD Bel Air Classiques BAC103. Distr. Harmonia Mundi.

 

Ce n'est pas le moindre mérite de l'Opéra de Toulon que d'avoir permis la création française de Follies, un pur bijou de Sondheim moins connu ici que son Sweeney Todd. Brillant exemple de ce métathéâtre que le genre du musical a particulièrement nourri, le livret (signé James Goldman) raconte les retrouvailles de circonstance, un soir de 1971 et dans leur ancien théâtre promis à la destruction, d'une troupe de revue des années quarante : la nostalgie des succès de jeunesse et l'amertume des mariages mal composés ne parviennent pourtant pas à ternir la flamboyance de personnages hauts en couleur et en caractère. Quant à la musique, elle est une des partitions les plus brillantes de Sondheim, qui déploie en faussaire un art du pastiche ébouriffant - chaque numéro réveille en nous l'écho des plus grands, de Gershwin à Porter. Ajoutez une dramaturgie onirique et trouble, avec la présence d'un quatuor de jeunes interprètes superposant à l'action principale le souvenir de scènes clés du passé : le tout parvient à un équilibre miraculeux entre réflexion mélancolique et entertainment grandiose.

Sous la baguette aguerrie de David Charles Abell (héraut de Sondheim en France puisqu'on a pu le voir au Châtelet diriger Sweeney Todd, Sunday in the Park With George et Into the woods), la troupe réunie à Toulon possède une belle unité où les francophones ne déméritent certes pas : plaisir de retrouver Nicole Croisille et sa belle énergie, Buddy complexe et douloureux de Jérôme Pradon et, en Solange (un rôle qui n'est pas, à l'origine, prévu en travesti), un Denis d'Arcangelo qui « fait le show », tirant certes Broadway vers Montmartre mais avec une truculence hilarante. On est particulièrement ému par la composition des deux ex-girls Sally et Phyllis : Charlotte Page a la délicatesse d'une fleur froissée et Liz Robertson, l'altière dignité d'une souffrance qui ne s'avoue pas, ou trop tard. Mais il faudrait citer aussi la Stella rugissante de Sarah Ingram, ou l'étonnante Hattie de Julia Sutton, 79 ans alors et vraie girl dans l'âme.

Si la mise en scène d'Olivier Bénézech ne manque pas de tonus, il aurait suffi d'une réalisation (par Andy Sommer) un peu moins recomposée et d'une atmosphère plus subtilement construite (l'underscore qui sous-tend les dialogues disparaît au profit d'un silence écrasant, quel dommage !) pour que nos « deux cœurs » se haussent au trio.

C.C.