Lucile Richardot (Circé), Aaron Sheehan (Ulysse), Teresa Wakim (Astérie), Amanda Forsythe (Eolie), Douglas Williams (Polite), Jesse Blumberg (Elphénor), Mireille Lebel (Minerve), James Reese (Mercure), Boston early Music Festival Orchestra & Chorus, dir. Paul O’Dette & Stephen Stubbs.

CPO555 594-2 (3 CD). 2022. Notice en français. Distr. DistrArt Musique.

En 2022, Sébastien d’Hérin nous faisait découvrir cette riche Circé (1694) dans un enregistrement un peu brouillon. La version concurrente qui nous arrive aujourd’hui ne s’attirera pas le même qualificatif, sans pour autant convaincre.

Elle frappe d’abord par son packaging luxueux et son impeccable présentation, incluant deux intéressantes notices, dont l’une de Jean Duron. Elle interpelle aussi par sa durée : trois heures vingt – quand d’Hérin emballait l’ouvrage en deux heures trente-cinq ! Ce ne sont pas tant les tempi adoptés qui causent cette différence (même si les enchaînements de la lecture française étaient plus rapides), que les choix interprétatifs : O’Dette et Stubbs donnent l’intégralité des divertissements (dont celui des Néréides, à l’acte V, tronqué par leur rival) et s’astreignent à effectuer toutes les reprises (leur ouverture, avec deux reprises supplémentaires, dure le double de celle des Nouveaux caractères). Paradoxalement, cette option rend son équilibre architectural à une partition pourtant fort prolixe.

Accentuant le caractère pointé de l’écriture jusqu’à exagérer le staccato, l’orchestre de Boston signe une lecture plus lisible que celle des Nouveaux caractères ; plus incisives que celles de l’ensemble français, les cordes américaines brillent particulièrement dans les passages tendres : divine sarabande de l’acte I, ravissante descente de l’Amour, sommeil envoûtant. En revanche, le continuo, saturé de cordes pincées (O’Dette et Stubbs sont luthistes et guitaristes), fatigue vite l’oreille. Le chœur, pour sa part, s’avère probant, et nombre de « petits rôles » (Minerve, Mercure, les dieux du rêve, Aquilon et ses vocalises) triomphent avec les honneurs des embûches du chant français.

On n’en dira pas autant des interprètes principaux. La charmante haute-contre d’Aaron Sheehan ne possède pas la vaillance qu’exige, par endroits, la partie d’Ulysse et sa diction s’est ternie en même temps que son timbre. Amanda Forsythe ne chante qu’en registre de tête et dans une langue allusive un rôle qui réclame du corps, tandis que Teresa Wakim, petite voix serrée, reste tout bonnement incompréhensible. Les barytons s’en tirent mieux, particulièrement le touchant Jesse Blumberg, dont le personnage, hélas, meurt trop vite... Quant à Lucile Richardot, si l’élocution ne lui pose aucun problème, elle affiche toujours cette émission aigre, appuyée dans le pharynx, droite (et, par conséquent, peu juste) dans l’aigu : plus mégère qu’enchanteresse, elle nous fait regretter Véronique Gens, qui ne trouvait pourtant pas en Circé son meilleur emploi.

Aucune des deux interprétations n’apparaissant vraiment aboutie, on choisira les Nouveaux caractères pour les protagonistes et Boston pour l’orchestre.

 

O.R