Christopher Lowrey (Poro), Lucia Martin Carton (Cleofide), Marco Angioloni (Alessandro), Giuseppina Bridelli (Erissena), Paul-Antoine Bénos-Djian (Gandarte), Alessandro Ravasio (Timagene), Il Groviglio, dir. Marco Angioloni.

Château de Versailles-Spectacles (3 CD). 2023. 2h39. Notice en français. Distr. Outhere.

Poro (1731) est décidément à la mode, puisque nous en présentions ici même, il y a moins d’un an, une autre mouture : celle revue par Telemann sous le titre de Cleofida. Si l’on inclut la dispensable version de Konrad Junghänel (Göttingen, 2006, non distribuée en France), il existe donc désormais quatre intégrales d’un ouvrage qui ne compte pourtant pas parmi les affriolants de Händel.

Ce choix a peut-être été dicté à Marco Angioloni par la présence d’un important rôle de ténor, celui du conquérant Alexandre, écrit sur mesure pour le vivaldien émérite qu’était Annibale Pio Fabri. Angioloni a-t-il eu les yeux plus gros que le ventre ? Sa jolie petite voix un peu nasillarde, adaptée au répertoire avec lequel il s’est fait connaître (celui de nourrice en travesti dans Il Canto della nutrice, enregistré en 2019 chez Da Vinci) ne rend pas vraiment justice à une partie de baryténor virtuose sur laquelle achoppaient déjà ses prédécesseurs.

Quant à sa direction, alerte mais trop carrée, elle ne transcende pas toujours les limites expressives d’un ensemble, Il Groviglio (« L’Enchevêtrement ») dont le caractère compact se voit accentué par la prise de son, effectuée dans un espace exigu qui ne laisse guère respirer le son. Si les pages ironiques manquent ainsi de caractère, si les récitatifs restent scolaires, les moments d’émotion, eux, inspirent le chef : « Se mai turbo » de Cleofide, « Come il candore » d’Erissena ou le merveilleux duo en mineur du début de l’acte II touchent davantage ici que chez Biondi (Opus 111, 1994), tandis que le troisième acte, le meilleur de l’œuvre, acquiert un souffle qui fait défaut aux autres.

La distribution vocale, il est vrai, ne manque pas d’atouts. On aime la façon dont s’opposent les deux timbres de contreténor, l’un sombre et soyeux (Paul-Antoine Bénos-Djian), l’autre plus clair et incisif (Christopher Lowrey, qui démontre une fois de plus son assurance technique, son éloquence dans le rendu du texte et sa familiarité avec le compositeur). Les deux dames apparaissent également à leur place : Giuseppina Bridelli, malgré des couleurs mates, fait assaut de charme et de coquetterie en Erissena, quand Lucia Martin Carton, à l’émission parfois serrée, affiche la candeur qui convient à la lumineuse figure de Cleofide (« Digli ch’io son fedele »). La basse Alessandro Ravasio campe en outre un comprimario de luxe, dont on regrette qu’il n’ait droit à aucun air.

 

O.R