Fidelio

Beethoven

le 25/10/2019

Montréal, Maison Symphonique

par Louis Bilodeau


Première collaboration entre l’Opéra de Montréal et l’Orchestre Métropolitain, ce Fidelio en version de concert inaugure de façon magistrale les festivités entourant les 250 ans de la naissance de Beethoven. Donné avec des dialogues réduits à leur plus simple expression, le Singspiel atteint à un rare degré de force dramatique grâce à un orchestre chauffé à blanc par Yannick Nézet-Séguin et une distribution absolument remarquable.

Dans le rôle-titre, Lise Davidsen fait grande impression : en plus d’une puissance exceptionnelle, sa voix est capable des plus infimes nuances qui témoignent d’un souci constant apporté à la situation dramatique ainsi qu’au poids des mots. Égal sur toute la tessiture, l’instrument sait tour à tour se fondre parfaitement aux autres voix dans le quatuor et les autres ensembles ou nous foudroyer par l’insolence d’une projection digne des plus grandes wagnériennes. Majestueuse dans son chant et dans sa prestance, elle livre une interprétation saisissante où seuls deux passages la placent en difficulté. La périlleuse montée sur « erreichen » – dans un « Komm, Hoffnung » par ailleurs extraordinaire d’engagement musical – ne produit guère d’effet car chantée piano, tandis que les vocalises sur « befreien » dans le duo avec Rocco (« Nun hurtig fort ») manquent de précision.

En dépit d’un timbre très nasal, le Florestan de Michael Schade s’impose par son sens du phrasé et des moyens globalement impressionnants. Chanteur d’une grande probité, le ténor rend justice à l’écriture beethovénienne, sans toutefois nous convaincre totalement du drame que vit son personnage. C’est solide, percutant, mais jamais vraiment bouleversant. Incarnant Pizarro avec beaucoup de fougue, Luca Pisaroni se joue des écueils de la partition et réussit à percer le tissu orchestral dans un « Ha, welch ein Augenblick ! » particulièrement déchaîné. Raymond Aceto est pour sa part un Rocco plein de bonhomie, à l’aigu un peu précaire mais au grave somptueux. Si le Fernando d’Alan Held est royal à tous égards, la Marzelline de Kimy Mc Laren fait entendre une voix tout simplement exquise de fraîcheur et de rondeur. Elle jette un peu dans l’ombre le Jaquino attachant de Jean-Michel Richer, qui peine parfois à se faire entendre dans le vaste vaisseau de la Maison symphonique, problème que ne rencontrent pas les deux excellents prisonniers, Sylvain Paré et Jean-Philippe Mc Clish.

Yannick Nézet-Séguin propose une lecture incandescente du chef-d’œuvre de Beethoven, qui culmine en une Ouverture Leonore III électrisante et un chœur final particulièrement impétueux. Nullement gêné par le rythme du chef, le chœur de l’Opéra de Montréal fait preuve d’une magnifique cohésion et ne contribue pas peu à conclure en apothéose une soirée à marquer d’une pierre blanche.

Louis Bilodeau

À lire : notre édition de Fidelio : L’Avant-Scène Opéra n° 164

Photos : François Goupil