Concert Wiener Philharmoniker : Haitink

Beethoven, Bruckner

le 30/08/2019

Salzbourg, Grosses Festspielhaus

par Didier van Moere


Bernard Haitink

À 90 ans, Bernard Haitink tire sa révérence – il a été question, pendant un moment, d’une simple année sabbatique. Ses derniers concerts ne sont pas seulement des concerts d’adieu, ils ont valeur de testament. Souvent considéré de second rang à l’époque des Karajan et des Böhm, le chef hollandais lègue en effet une leçon de probité, presque d’humilité devant la musique, et d’intimité avec des partitions qu’il dirige depuis plus de cinq décennies – une leçon dont devrait parfois s’inspirer la jeune génération. Avant qu’ils ne fussent à la mode, avant la prolifération des intégrales, il se faisait ainsi, à la tête du Concertgebouw d’Amsterdam, l’apôtre de Bruckner et de Mahler, devenant plus tard incontournable référence en la matière.

C’est dire le prix de cette Septième Symphonie de Bruckner à la tête d’un Philharmonique de Vienne en état de grâce. Une cathédrale sonore, certes, mais dont les vitraux laissent passer la lumière, tant la grandeur et la transparence vont de pair, dès l’Allegro moderato. Tout y est parfaitement pensé et dosé, venu de l’intérieur, avec des crescendos dont la puissance n’a rien de démonstratif. On entend rarement direction plus unitaire, en particulier dans le développement, grâce au naturel des enchaînements. Si bien que l’on aura l’impression, à la fin, d’avoir entendu une œuvre en un seul mouvement. Mais le sens suprême de la forme ne bride pas le chant : l’Adagio en témoigne, superbe également par la richesse et la rondeur de la pâte sonore. Le Scherzo n’est pas « sehr schnell » ? S’il l’était, il romprait le fil – et le charme. Le Finale répond au premier mouvement, jamais fragmenté, jamais pesant : absolue maîtrise de la partition et de l’orchestre.

Cette symphonie des adieux était précédée d’un moins absolu Quatrième Concerto de Beethoven. Au raffinement intimiste de la direction ne répondait pas assez le jeu d’Emanuel Ax, à la solidité un peu prosaïque et monochrome, surtout dans le premier mouvement – le deuxième est d’une poésie pudique, comme « Des Abends » de Schumann donné en bis. Il remplaçait Murray Perahia.

Didier van Moere


Emanuel Ax
Photos : SF/Neumayr/Leo