Demetrio e Polibio

Rossini

le 23/08/2019

Pesaro, Teatro Rossini

par Chantal Cazaux


Riccardo Fassi (Polibio) et Cecilia Molinari (Siveno)

Notre tour du Festival Rossini de Pesaro s'achève avec Demetrio et Polibio, spectacle créé en 2010 et dont la reprise ne s’imposait guère. À part un rôle de prima donna pyrotechnique (Lisinga, dont la créatrice sera la première Madame Cortese), un beau duo Polibio-Siveno et un intéressant quatuor au second acte, outre quelques moments où l'on entend poindre Rossini (et son crescendo !), le XVIIIe siècle règne en maître (mais pas en subtilité : les cadences sont assez pauvrement amenées) sur cette partition assez faible dont la paternité rossinienne est partielle et mal établie. Son livret est dû à Vincenzina Viganò-Mombelli, dont le ténor de mari avait commandé la composition à un jeune Rossini de 17 ans, se réservant le ténor principal et confiant, lors de la création qui eut lieu quelques années plus tard, les deux voix féminines (Lisinga et Siveno, soprano et musico) à leurs deux filles. Un prince élevé incognito dans une cour étrangère : ce n’est pas original ; un quiproquo nécessitant deux actes pour se résoudre alors qu’aucun vrai « méchant » ne s’y oppose : c’est plus embêtant. On s’ennuie ferme.

S’ennuierait-on moins si la mise en scène de Davide Livermore n’était pas un fatras d’idées désorganisées et hors sujet (le méta-théâtre, les tours de magie, juxtaposés là sans nécessité), sans aucune direction d’acteurs à part un doublonnage scénique des interprètes par des comédiens, du plus mauvais effet ? si lesdits tours n’étaient pas si répétitifs (la bougie…), inaboutis (les miroirs sans tain) voire ratés (la flamme dans la main, digne de Garcimore !), suscitant les gloussements du public et transformant une œuvre seria en soirée buffa où la partition et ses personnages s’en voient ridiculisés ? Mais aussi, si l’orchestre (Filarmonica Gioachino Rossini : cordes en défaut de justesse, bois en défaut d’attaques) et les chœurs (Coro del Teatro della Fortuna M. Agostini : ténors à la voix blanche) étaient meilleurs ? le chef (Paolo Arrivabeni, lymphatique), plus concerné ? et la distribution, plus homogène ? Jessica Pratt (Lisinga) fait valoir ses suraigus mais au sein d’un timbre froide et étroit (le médium) ou forcé (les graves) ; Cecilia Molinari (Siveno) est très honnête en solo mais disparaît dans le duo féminin ; Juan Francisco Gatell (Eumene) est inégal, parfois même fragile ; seul Riccardo Fassi (Polibio) paraît servir sans accroc sa partie vocale. Le Festival pourra sans regret se débarrasser de ce spectacle qui dessert autant Rossini que l’opéra en général…

Vivement le millésime 2020, où s’annoncent d’ailleurs trois nouvelles productions : Moïse et Pharaon (Sagripanti/Pizzi), Elisabetta, regina d’Inghilterra (Pidò/Livermore… que l’on espère mieux inspiré que pour Demetrio) et La cambiale di matrimonio (Korchak/Dale).

Chantal Cazaux


Jessica Pratt (Lisinga)
Photos : Studio Amati Bacciardi