Les Vêpres siciliennes

Verdi

le 26/07/2018

Festival de Munich, Bayerische Staatsoper

par Pierre Flinois

 

Munich a, comme chaque scène, ses hauts et ses bas ; ces Vêpres siciliennes créées au printemps dernier seront bien placées, aux côtés du Lohengrin de Bayreuth, pour remporter le prix de la pire production de l’année.

Elles sont de ces productions de metteurs en scène qui ont une idée et s’y tiennent coûte que coûte, sans trouver rien d’autre. L’idée d’Antú Romero Nunes ? Du massacre historique repris par Verdi pour soutenir le projet d’unité italienne, ne montrer que le côté « carnaval de la mort » avec, comme références esthétiques, La Nuit des morts-vivants ou Buffy et les vampires… On aura donc pour décor une gigantesque toile de polyéthylène – levée, couchée, gonflée et plus ou moins éclairée à blanc – évoquant la mer, la prison, le palais. Dommage qu‘on en distingue si bien les plis d’un rangement trop efficace... Pour bien insister, on montrera les Français, en uniformes napoléoniens tricolores et tricornes, comme des pantins débiles et grossiers, aux visages de zombies édentés, tandis que les Palermitains auront droit à une tête de mort. Echappent seuls à cette dichotomie la duchesse Hélène, passant au blanc pour son mariage, et Procida, couvert d’or comme un saint descendu de sa châsse. On oublie la mère d’Henry, conservée dans le formol telle une vierge sainte installée dans un aquarium du palais de Monfort… aquarium qui finira par se vider sans qu’on en devine le pourquoi , s’il y en a un. Ajoutez quelques ballets d’inspiration triadique et vous aurez fait le tour. On fermera donc les yeux sur tant de médiocrité.

Hélas, voilà qu’on a choisi ici de monter non Le vespri siciliani mais Les Vêpres siciliennes, en français donc… mais sans un seul francophone dans la distribution : galimatias absolu, avec record d’incompréhensibilité pour les chœurs et les seconds rôles, et tentatives diverses d’appréhension de notre idiome avec résultats scabreux pour les protagonistes. On s’irriterait déjà si ce qu’on entend en matière de chant ne donnait plus vite encore de raison à cette humeur… Ainsi, le Procida d’Erwin Schrott est un festival de ports de voix, d’effets d’un chant d’histrion sans style aucun et sans unité de l’instrument. L’Henry de Bryan Hymel est assez enlaidi par une voix fatiguée aux aigus poussés sans élégance et au français qu’on lui a connu plus châtié. George Petean, sans éblouir aucunement, fait alors presque figure de styliste, non de la langue, mais d’un vrai chant verdien, dont le sommet est atteint par une Américaine qui est une somptueuse voix verdienne en devenir : Rachel Willis-Sorensen, dont les aigus flottants, les couleurs variées, le timbre plein, le legato, l’armature vocale même sont plus que des promesses, même si le français reste rudimentaire… De tout cela, Omer Meir Wellber, qui a le sens de la ligne verdienne, fait ce qu’il peut pour tirer une cohérence que l’orchestre de la Staatsoper arrive à imposer sans trouver l’exact style français requis – normal dans une maison qui en pratique bien peu encore le répertoire. Un vrai chantier pour le futur directeur assurément... En attendant, l’échec est patent.

P.F.

A lire : notre édition des Vêpres siciliennes / L’Avant-Scène Opéra n° 261


Photos : Wilfried Hösl.