Ernani

Verdi

le 16/06/2018

Opéra de Marseille

par Olivier Rouvière



L’an dernier, Ernani faisait son retour sur les scènes françaises dans un spectacle du Capitole de Toulouse, auquel on sera tenté de comparer celui-ci – même si, à bien des égards, il en prend le contrepied. Comme on pouvait s’y attendre, Jean-Louis Grinda (actuel directeur de l’Opéra de Monte-Carlo et autrefois à la tête de celui de Wallonie, tous deux coproducteurs de cette lecture créée à Liège en 2015) signe une mise en scène très classique, voire minimale, handicapée, lors des premières représentations, par une grève des techniciens. Réutilisant un procédé qui a fait ses preuves, il dispose en fond de scène un immense miroir incliné ouvrant l’espace et reflétant l’aire de jeu, qui fait dès lors office de décor – de grands tapis à motifs héraldiques, quelques piliers surmontés de heaumes suffisent à créer une ambiance, particulièrement bienvenue dans les deux derniers actes. Les costumes Renaissance très travaillés et un peu trop chargés de Teresa Acone (le pauvre écuyer royal éprouve bien de la peine à s’agenouiller dans sa cuirasse inspirée du Titien !) évoquent un univers conforme aux indications du livret (en totale opposition avec la scénographie « actualisée » de Brigitte Jaques-Wajeman à Toulouse). Côté direction d’acteurs, il faut se contenter des habituels rangs d’oignons et mains sur le cœur qui, on le sait, ne rebutent pas un public marseillais volontiers conservateur en cette matière.

A ce public il faut avant tout des voix ; pour clore une saison jusqu’alors davantage axée sur l’opérette, on n’a point lésiné. En dépit de quelques sons engorgés en début de soirée et d’un maintien toujours peu expressif, Ludovic Tézier fait un tabac dans le royal rôle de Carlo, par la grâce d’un chant mordant, incisif, racé et, surtout, d’une ligne proprement... impériale. Le timbre solaire, éclatant, voire trompettant de Francesco Meli pourrait facilement lasser dans un rôle-titre qui invite à jouer des décibels, si le ténor n’avait l’intelligence de tenter (sans toujours y parvenir) de faire usage de la voix mixte et de la nuance piano. Ovationné après son air, Alexander Vinogradov (Silva) ne se distingue pas tant pour la beauté d’une émission souvent placée dans le pharynx que pour sa fermeté sur toute la tessiture et son insolente projection. L’interprète d’Elvira nous a davantage laissé sur notre faim même si elle aussi réussit à assumer toute l’étendue d’un registre malaisé, jusque dans l’extrême grave : la soprano chinoise Hui He se contente le plus souvent de faire du son, couvrant excessivement l’élocution et échouant à rendre les aspects les plus belcantistes de son rôle (remplaçant par exemple les trilles par des cocottes anachroniques). A la tête d’un orchestre qu’on a connu moins discipliné (et qui réussit notamment un beau prélude de l’acte III), Lawrence Foster se montre plus attentif que véritablement inspiré : la « sauce » prend rarement dans les finales et la direction plate, privée de rubato, de « Infelice, e tuo credevi » ou de « Vieni meco, sol di rose » déçoit l’aficionado – lequel n’aura que rarement le droit d’applaudir, le chef veillant aux enchaînements de façon à ne pas transformer l’acte I en une série d’airs de concert. Autre détail à porter au crédit de Foster (et qui distingue à nouveau cette production de celle de Toulouse) : le respect de toutes les reprises, y compris dans les cabalettes. Verdi ne s’en voit pas sublimé mais, pour le moins, respecté, et c’est toujours bon à prendre ! Un chœur qui se signale davantage par son enthousiasme (« Si ridesti il leon di Castiglia ») que par sa cohésion complète une affiche digne d’une tradition un peu datée mais qui nous change des « relectures » anémiques.

O. R.

A lire : notre édition d’Ernani / L’Avant-Scène Opéra n° 296

Photos : Christian Dresse