West Side Story

Bernstein

le 20/10/2017

Paris, La Seine musicale, La Grande Seine

par Chantal Cazaux

OEP655_1.jpgKevin Hack (Tony) et Nathalie Ballenger (Maria).Photo : Susanne Brill.

Alors directeur du Châtelet, Jean-Luc Choplin avait invité en 2009 puis 2012 la production de West Side Story mise en scène et chorégraphiée par Joey McKneely d’après la production originale, créée en 1957 dans la chorégraphie de Jerome Robbins. Paris redécouvrait alors ce chef-d’œuvre absolu : la musique de Leonard Bernstein (osant marier le jazz et l’atonalité, inventant des mélodies d’emblée intemporelles), le sujet brûlant et émouvant du livret bâti par Arthur Laurents (hérité de Roméo et Juliette mais le resituant dans la jungle urbaine de New York où des groupes d’immigrés s’entretuent sur fond de racisme et de misère économique), les lyrics d’or pur de Stephen Sondheim (qu’il s’agisse de dire la candeur du premier amour ou de croquer des petites frappes en rébellion), le style dansé de Jerome Robbins (un classicisme mâtiné de swing, une élégance sensuelle et bondissante), tout se réincarnait alors avec évidence et puissance dans l’écrin du Théâtre du Châtelet, idéalement taillé pour cette alliance de spectacle et d’émotion – comme le sont la plupart des théâtres de musical originels, à Broadway ou dans le West End.

Si l’on retrouve avec plaisir cette production (et notamment son impact visuel grandement dû aux superbes éclairages réglés par Peter Halbsgut) et, à la tête des 21 musiciens présents en fosse, Donald Chan (un habitué de la partition et des musicals en général), la sensation est pourtant bien différente dans la grande salle de La Seine Musicale, vaisseau prévu pour accueillir jusqu’à 6000 personnes (en configuration maximale) et creusant une distance refroidissante entre la scène et les rangs de spectateurs – même s’il faut lui reconnaître l’avantage d’une visibilité sans accroc, quoique lointaine. L’émotion naît de l’œuvre elle-même plutôt que de son interprétation, d’autant que par rapport à l’équipe précédente la troupe actuelle paraît plus fraîche et parfois plus limitée : l’Anita de Keely Beirne est ainsi bien légère, manquant de corps dans le grave et de solidité dans la mise en place de son duo avec Maria ; Kevin Hack (Tony) a quelques failles d’intonation ou d’émission malgré un ambitus bien maîtrisé. On remarque surtout Nathalie Ballenger (Maria), dont la carrière menée à l’opéra aussi bien qu’au musical assure une émission radieuse et un timbre pulpeux. Les Jets et les Sharks composent un ensemble aux qualités sûres, « à l’américaine » – même si, là encore, le souvenir de leurs devanciers, au Châtelet, se fait le plus fort, qu’il s’agisse de perfection dans la synchronisation, de performance du geste dansé ou d’adéquation musico-dramatique.

Le spectacle se joue jusqu’au 12 novembre. Pour découvrir West Side Story en scène… en attendant d’en ressentir la poignante immédiateté dans un véritable théâtre.

C.C.

A lire : La Comédie musicale, mode d’emploi d’Alain Perroux – avec en couverture l’une des images emblématiques du spectacle !


OEP655_2.jpgLes Jets. Photo : Johan Persson.