Don Giovanni

Mozart

le 11/12/2016

Paris, Théâtre des Champs-Elysées

par Chantal Cazaux

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Jean-Sébastien Bou (Don Giovanni) et Robert Gleadow (Leporello).

 

A sa création en 2013, la mise en scène de Stéphane Braunschweig pour ce nouveau Don Giovanni du Théâtre des Champs-Elysées nous avait frappés par son élégance plastique doublée d’une noirceur cruelle (lire ici). Sa reprise confirme cette impression, où la fluidité du dispositif scénique et sa sobriété visuelle le disputent à des moments réglés au cordeau : en moins d’une minute et trente secondes, l’Air du Champagne est ainsi un coup de maître scénique qui voit Don Giovanni s’habiller de pied en cap et passer de séducteur fatigué à fringant prédateur. Jean-Sébastien Bou y fait montre d’une aisance crâne, et dessinera de bout en bout un libertin aux allures de funambule cynique, bien plus inquiétant et insaisissable qu’ouvertement séduisant. Le contraste entre son timbre un peu opaque et le mordant carnassier de son Leporello (Robert Gleadow, à la présence scénique ravageuse) s’assume dans une lecture dramaturgique qui met ce dernier très en avant, observateur permanent de son maître autant qu’inlassable éclaireur de ses campagnes et maladroit rival en ses conquêtes. Outre Gleadow, un autre interprète était présent en 2013 déjà : Steven Humes, dont le Commandeur clair et net en impose sans en rajouter. Autour d’eux, Myrtò Papatanasiu est une Anna au timbre lumineux et au chant impérieux, affaibli néanmoins par quelques errances de justesse et de précision dans les attaques, quelque raideur dans l’aigu ou dans le mouvement exacerbé ; on lui préfère l’Elvira de Julie Boulianne, timbre gorgé de sève qui pourtant ne se répand pas au-delà d’une vocalité digne et jamais en défaut, au diapason d’un jeu tout intérieur et sans outrance. Julien Behr compose un Ottavio ni mièvre ni étranglé, double victoire qui se suffirait à elle-même mais qui s’ajoute ici à un style châtié prenant des risques de longueur de souffle et de nuance, la plupart du temps à raison. Regrets pour le couple Zerlina/Masetto, très vert et où Marc Scoffoni manque d’idiomatisme. A la tête d’un Cercle de l’Harmonie en grande forme, Jérémie Rhorer retrouve les audaces de 2013 : la lenteur de son Ouverture déconcerte avant de frapper, les crudités âpres ou, a contrario, les tendresses infinitésimales que le chef distille ensuite se sublimant dans une harmonie fosse-plateau révélatrice d’un précieux travail d’ensemble. Une belle réussite.

C.C.

Notre édition de Don Giovanni : L’Avant-Scène Opéra n° 172.


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Photos : Vincent Pontet.