Tosca

Puccini

le 08/04/2016

Opéra de Toulon

par Olivier Rouvière

OEP534_1.jpgCellia Costea (Tosca) et Carlos Almaguer (Scarpia).


Coproduite par l'Opéra royal de Wallonie (elle a été créée à Liège en 2007), cette lecture très classique de Tosca trouve naturellement ses marques dans l'écrin toulonnais. Juste un peu « tassés », les décors frappants de Carlo Centolavigna (qui ne peut renier l'héritage de Franco Zeffirelli) imposent leur pouvoir d'évocation : grandiose église romaine, parsemée de saints et d'apothéoses baroquissimes, à l'acte I ; glaçant cabinet de torture, orné de gravures goyesques, au II ; froide esplanade coiffée d'un ciel d'orage, au III. Ces décors, qui vont du très riche au plus dépouillé, écrasent un peu la mise en scène de Claire Servais, excessivement attentive à la moindre didascalie, d'abord, plus allusive ensuite, et qui, sans l'aide d'acteurs chevronnés, échouerait à caractériser ses personnages – elle échoue d'ailleurs dans le cas du ténor... Rien de très original dans la direction d'acteurs, donc, si ce n'est une fine mise en valeur des espaces et de leurs embûches (ont sait combien compte, dans Tosca, la dialectique de l'ouvert/fermé, du dedans/dehors), le spectacle s'autorisant en de rares occasions quelques dérapages vers l'onirisme (les masques dorés des archevêques, lors du fracassant premier finale) ou le kitsch absolu (l'apparition sanglante de l'archange du Château Saint-Ange, à la fin). On regrette surtout l'insertion de deux trop longs entractes, qui sapent l'énergie de l'ouvrage.

Si le premier acte se traîne un peu, on le doit en partie à la direction sage de Giuliano Carella, qui semble prendre la mesure des forces en présence (délicat équilibre à obtenir avec la percussion placée dans les loges), sans vraiment parvenir à tendre l'arc musical d'un bout à l'autre de l'acte. Mais maints détails chambristes nous alertent sur les progrès effectués par l'Orchestre de Toulon sous la férule de son directeur musical. Cette impression se confirme avec la scène de la cantate, au début de l'acte II, et dans un superbe prélude à l'acte III (beau tissu des cordes, sensuelle clarinette), le chef se libérant peu à peu jusqu'à atteindre un puissant climax lors de l'affrontement Tosca/Scarpia.

Il faut dire que les deux protagonistes assurent fièrement leur partie. La soprano roumaine Cellia Costea, port altier, silhouette callassienne en diable, fait valoir un chant fort bien conduit, dosé et raffiné, qui évoque celui de Kabaivanska, et des couleurs sombres auxquelles on reprochera seulement de manquer de fraîcheur. Déjà entendu dans le même rôle à Marseille il y a un an, le Mexicain Carlos Almaguer campe un Scarpia mordant, fielleux, terrifiant à souhait, d'une autorité telle qu'on s'étonne, lors des saluts, de constater sa petite stature. Belle voix aussi que celle du ténor Stefano La Colla, au timbre dense et coloré, qui s'accompagne hélas d'une interprétation des plus scolaires, de quelques sons fixes et d'une présence scénique empruntée. Parmi les seconds rôles, on remarque le charmant Pâtre de Carla Fratini (issue de la Maîtrise de l'Opéra de Toulon) et le Spoletta cauteleux de Joe Shovelton, davantage que le Sacristain assez convenu de Jean-Marc Salzmann. Tous âges confondus, le public réserve un beau succès à ce spectacle « populaire », dans le bon sens du terme.

O.R.

Notre édition de Tosca : L’Avant-Scène Opéra n° 11.


OEP534_2.jpgStefano La Colla (Mario) et Cellia Costea (Tosca). Photos : Frédéric Stephan.