Norma

Bellini

le 17/12/2015

Paris, Théâtre des Champs-Elysées

par Chantal Cazaux

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Marco Berti (Pollione), Sonia Ganassi (Adalgisa) et Maria Agresta (Norma). 

Programmer Norma, c’est affronter un mythe – celui d’interprètes himalayennes, comme celui d’une œuvre inclassable où se mêlent grâce belcantiste, tragédie altière et romantisme brûlant. Musicalement, le pari de la nouvelle production du Théâtre des Champs-Elysées est plus qu’inégalement tenu ; scéniquement, elle réduit hélas le brasier ardent à un foyer domestique, et une passion doublement sacrilège à une liaison fatale.

Organisé autour d’un bonsaï (comme la mise en scène, la scénographie est signée Stéphane Braunschweig), le culte d’Irminsul confère peu de saveur mystique à la druidesse. Gommant l’identité de deux peuples en guerre, les costumes communs (Thibault Vancraenenbroeck) effacent un arrière-plan politique pourtant crucial. De bouquet de roses (dans les bras d’un Marco Berti/Pollione qui ne sait qu’en faire) en mobilier bourgeois (la chambre de Norma, involontairement comique) en passant par une chorégraphie des chœurs (Johanne Saunier) à l’esprit par trop décalé (les Gaulois frôlent la cour de récréation, les Gauloises se prennent pour les Zingarelle) et à la réalisation erratique, on peine à discerner dans la mise en scène l’esprit et la grandeur, la sauvagerie mais aussi la tendresse, de Norma.

Sauf à se concentrer sur les prêtresses d’Irminsul. Car Maria Agresta parvient à remplir beaucoup des exigences de ce rôle « impossible » : elle conjugue le spinto autoritaire de « Sediziose voci » et la longueur de souffle de « Casta diva », ne craint pas quelques contre-notes audacieuses ou une mezza voce périlleuse, et parvient à traverser la représentation sans faiblir. On regrettera néanmoins un fiorito souvent aléatoire (les gruppetti, les gammes chromatiques) et, surtout, un timbre au tranchant strident dans le haut-médium. Investissant son personnage d’une réelle présence, elle forme avec Sonia Ganassi un duo assez gémellaire : cette Adalgisa est de timbre vibrant, d’intention sincère, sachant les nuances aussi, malgré une émission souvent hétérogène que l’artiste parvient à tourner en avantage expressif. Las, malgré l'Oroveso solide et digne de Riccardo Zanellato et des comprimari bien tenus, toutes deux doivent se disputer un Pollione hors jeu, car portant haut le bouclier des décibels faute d’autre arme plus subtile : ignorant la manière bellinienne autant que la justesse intérieure de son personnage, Marco Berti affiche une nuance unique (forte), des récitatifs sclérosés et, surtout, un chant où les inexactitudes d’attaque, de portamento ou d’intonation obèrent tout espoir d’entendre un styliste châtié et rossinien – profil originel du rôle... En fosse, malgré la baguette diligente de Riccardo Frizza et quelques moments au dramatisme bien senti, l’Orchestre de chambre de Paris laisse filtrer faux départs et imprécisions de mise en place. Si le public du Théâtre, chaleureux, semble satisfait, on s’avoue malheureux devant cette Norma aux qualités trop disparates et aux accrocs trop perceptibles.

C.C.

Norma : L’Avant-Scène Opéra n° 236


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Riccardo Zanellato (Oroveso) et Maria Agresta (Norma). Photos : Vincent Pontet.