Dead Man Walking

Jake Heggie

le 09/03/2013

Opéra de Montréal

par Louis Bilodeau

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En présentant Dead Man Walking de Jake Heggie, l'Opéra de Montréal convie son public à une expérience hors du commun qui, outre la découverte d'une œuvre créée à San Francisco en 2000, invite à une réflexion poignante sur la peine de mort. Manifestement monté avec beaucoup de soin et servi par des interprètes admirables, le spectacle véhicule une puissante charge émotive qui nous laisse pantelants à l'issue de la soirée.

Conçus en 2009 pour la compagnie texane Fort Worth Opera, les décors fort ingénieux de Harry Frehner et Scott Reid nous font pénétrer dans les différentes salles du pénitencier Angola (Louisiane). Grâce aux différentes grilles qui s'ouvrent et se referment sur de nombreux plans de la scène, nous passons en quelques secondes de l'aire de jeu des détenus au bureau du directeur, ou de la cellule de Joseph De Rocher à la salle d'exécution. Sans jamais verser dans le pathos, la mise en scène d'Alain Gauthier s'avère d'une parfaite justesse et d'une grande efficacité dramatique. La relation complexe entre le condamné à mort et son accompagnatrice spirituelle Sœur Helen Prejean est éclairée par une superbe direction d'acteurs, comme le montre la scène bouleversante où Joseph avoue finalement son meurtre. Quant au tableau de l'exécution, il atteint à une intensité quasi insoutenable : après les longs et silencieux préparatifs en vue de l'injection létale, De Rocher tente de fixer son regard sur celui de Sœur Helen alors que l'on entend la mise en marche de l'horrible machine dispensatrice de mort...

Étienne Dupuis est un Joseph extraordinaire à tous points de vue : sa splendide voix de baryton traduit à la perfection les affres d'un personnage que son jeu rend particulièrement touchant. Il faut le voir prostré lorsqu'il passe aux aveux ou quand il attend avec une folle angoisse l'injection fatale. Inoubliable.  Allyson McHardy campe une Sœur Helen d'une compassion infinie aussi bien envers le criminel que les parents de ses victimes. Son riche timbre de mezzo convient bien au rôle et elle fait preuve d'une belle endurance tout au long de l'opéra. On la sent toutefois un peu à la limite de ses moyens et de la justesse dans les grandes explosions dramatiques. La Sœur Rose de Chantale Nurse possède à la fois le rayonnement vocal et la présence lumineuse d'une femme habitée par sa foi. Si le vibrato de Kimberly Barber peut d'abord sembler un peu gênant, l'artiste propose néanmoins un portrait déchirant de Mme De Rocher, mère de Joseph. Du reste de la très solide distribution, on retiendra surtout le baryton-basse Thomas Goerz (Owen Hart), Alain Coulombe (le Directeur de la prison) et John Mac Master (Père Grenville). Le chef britannique Wayne Marshall insuffle à l'Orchestre Métropolitain toute la vigueur dramatique que requiert la partition, notamment dans le magnifique sextuor du premier acte et les dernières scènes de l'œuvre. Après une représentation aussi réussie, on ne s'étonne pas du succès remporté par l'œuvre un peu partout aux États-Unis et ailleurs dans le monde.

L.B.


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Etienne Dupuis (Joseph De Rocher) et Allyson McHardy (Sœur Helen). Photos Yves Renaud.