La Clémence de Titus

Mozart

le 10/07/2011

Festival d'Aix-en-Provence, Théâtre de l'Archevêché

par Chantal Cazaux

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Darren Jeffery (Publio), Carmen Giannattasio (Vitellia), Sarah Connolly (Sesto), Gregory Kunde (Titus).
 

Avec La Clémence de Titus dirigée par Sir Colin Davis et mise en scène par David McVicar, le festival d’Aix-en-Provence propose une soirée diamétralement opposée à la Traviata de Langrée-Sivadier-Dessay. En premier lieu, Mozart sonne bien mieux que Verdi dans le Théâtre de l’Archevêché, surtout caressé dans le sens du poil par la baguette hautement classique de Sir Colin Davis. Foin de sonorités anciennes, de longueurs d’archets fébriles, de vibrato assagi, de vernis décapé enfin comme dans ce Mozart que la vague baroque a révélé à nos oreilles avec la même vivacité de coloris des tableaux restaurés : le Mozart du London Symphony Orchestra, sous la direction de son président et chef historique, a la rondeur fondue et placide d’une Rolls-Royce avançant lentement sur le gravier serré d’un jardin anglais – une British and patrimonial touch noble et élégante, mais que l’on voudrait parfois plutôt Aston Martin, nerveuse ou racée. Les tempi sont sages, ou lents – voire s’alanguissent en cours de route –, ce qui n’aide pas toujours les chanteurs que l’on sent souvent prêts à démarrer de façon plus sportive. Cette ampleur, jamais lourde toutefois et qui sied finalement bien au sujet impérial de l’ouvrage, installe le public dans un confort douillet, parfois assoupi.

Mais réveillé – ô combien – par l’excellence de certains chanteurs, à commencer par les deux mezzos travestis de la distribution. Avec Sarah Connolly (Sesto) et Anna Stephany (Annio), on retrouve la plus haute tradition du chant mozartien et aixois : timbre ambré, registres d’une homogénéité et d’une souplesse rêvées, présence mâle et sensible, chant délié et subtil, nuances faisant frémir la moindre inflexion de sentiment de leur personnage… les deux Britanniques rendent immédiats leur amitié, leurs amours, leurs tourments. Amel Brahim-Djelloul (Servilia exquise remplaçant Simona Mihai initialement programmée) et Darren Jeffery (Publio attachant) ne leur cèdent en rien en beau style et beau chant. La Vitellia de Carmen Giannattasio joue un peu uniment la méchante, oubliant la séduction voluptueuse qui doit justifier la fascination de Sesto pour cette femme-serpent : sa voix puissante mais parfois stridente conforte cette interprétation, dont on ne peut nier toutefois l’abattage. Autre remplaçant (de John Mark Ainsley cette fois), Gregory Kunde sert le personnage de Titus avec son talent (un rôle qu’il connaît et pénètre sur le bout des doigts, une vocalité dont il maîtrise encore le fiorito et les aigus) et ses faiblesses (un timbre très comprimé, et des attaques par dessous qui donnent ensemble une impression d’effort permanent).

Mais il faut dire que son Titus n’est pas aidé par la mise en scène de David McVicar. Frôlant le ridicule avec sa lourde cape encombrante qu’il ne parvient pas à ramasser, dépassé par les trahisons alentour comme un benêt aveugle, suivi en permanence d’une garde de centurions platement chorégraphiés, son questionnement moral fait plus souvent sourire le public qu’il ne l’élève à la hauteur de son sujet. C’est dommage, comme est dommage l’encombrement du plateau par des décors à la pompe artificielle, lourds et laids, dont les évolutions masquent le fond de scène qui offrait, lui, une belle idée : le retour au mur originel de la cour de l’Archevêché. Sa pierre dorée, sa fontaine sculptée, auraient été un cadre autrement plus méditerranéen et raffiné, idéalement destiné à cette Clémence impériale et humaine.

On sort cette fois du Théâtre aixois empli de beauté vocale et mozartienne, un peu engourdi d’une dramaturgie orchestrale d’un autre temps, et déçu aussi que le théâtre n’ait pas été à la hauteur de ses interprètes.

C.C.
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Amel Brahim-Djelloul (Servilia), Anna Stephany (Annio).


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Amel Brahim-Djelloul (Servilia). Photos Pascal Victor/Artcomart