Le Songe d'une nuit d'été

Britten

le 28/05/2011

English National Opera, Londres

par Olivier Brunel

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Jamie Manton (Puck) et Iestyn Davies (Oberon). Photos Alastair Muir.

 

Cauchemar d’une nuit d’été

L’opéra féérique A Midsummer Night’s Dream composé en 1960 par Britten pour son Festival d’Aldeburgh a été créé pour une salle d’une jauge de 360 personnes. Celle du London Coliseum, le plus grand théâtre londonien et domicile de l’English National Opera qui accueille la plus récente production anglaise de l’ouvrage, en contient 2369. Différence colossale et, même s’il existe deux versions orchestrales de l’œuvre, on n’y retrouve pas les conditions idéales qui ont rendu célèbre la production de Peter Hall à Glyndebourne en 1981.

Pour cette nouvelle coproduction avec le Théâtre musical académique de Moscou, l’ENO a rappelé le metteur en scène américain Christopher Alden qui y avait réalisé un superbe Partenope de Haendel – lequel en 2008 avait raflé les principaux prix de mise en scène lyrique britanniques. L’idée directrice pour ce Songe a été de le faire entrer sous forme cauchemardesque dans un bien étrange endroit : l’action se passe dans un collège de garçons dans les années soixante, avec toute la fantasmatique que véhicule la réputation de l’éducation à l’anglaise. Parmi les références visuelles, on imagine qu’a dû compter le film If de Lindsay Anderson (1969), avec son atmosphère de révolte estudiantine de la fin des années soixante, sa célèbre séance de canne anglaise et la mise à feu du collège. Ce sont, parmi tant d’idées loufoques, les « points forts » du travail d’Alden. Exit la hiérarchie des personnages mortels, rustiques et surnaturels, puisque chacun joue un rôle différent plaqué sur celui qu’il chante. Oberon est un professeur aux tendances pédophiles qui a rejeté le pauvre Puck après sa mue et son passage à l’adolescence. Puck lui-même semble revivre toute la pièce comme un cauchemar jamais assumé. Tatiana est une maîtresse de chant qui se révèle une dominatrice aux dépens du pauvre Bottom. Les artisans ont tous un rôle d’employé de l’école et leur spectacle final, à force de surcharge, perd tout caractère humoristique. Le Duc Theseus erre comme une âme en peine dans ce collège dont il semble le Principal, à moins qu’il n’incarne le compositeur ou Puck adulte, et lui aussi se retrouve attaché et humilié par la cohorte des élèves. On fume beaucoup dans cette école, et pas seulement du tabac, car le suc qui endort les amoureux et Tatiana s’administre par l’intermédiaire de la fumée. On pourrait détailler à l’infini ce pitoyable spectacle dont décors et costumes sont tout à fait conformes à ce que l’on attend dans ce lieu où l’horreur tient lieu de comédie.

Contentons-nous de sauver l’essentiel, la musique. Dirigé par Leo Hussain, l’ENO Orchestra sonne très symphonique et perd souvent l’étrangeté qui prédomine dans l’orchestration de Britten. Somptueux, le chœur de garçons issu de la Trinity School of Croydon et dirigé par David Swinson. La distribution était un peu en-deçà de ce que l’on peut attendre d’une grande scène britannique. En émergeait l’Oberon du jeune contre-ténor Iestyn Davies, un ancien du Saint John’s College de Cambridge qui, à 31 ans, fait partie de la relève des grands aînés qu’étaient James Bowman et Michael Chance. Willard White, qui fêtait avec Bottom trente-cinq ans de fidélité à l’ENO, était magnifique dans ce rôle où, il est vrai, il y a peu à chanter – mais quel magnifique acteur ! La Tatiana d’Anna Christy était bien acide et monotone. Peu à dire des quatre amoureux sans aucun relief. Belle prestance pour le Duc de Paul Whelan qui, censé n’apparaître qu’au dernier tableau, a passé la soirée sur scène à jouer un rôle muet qui restera un mystère. Les artisans étaient plutôt les meilleurs, malgré leur spectacle ruiné par un excès de vulgarité. Excellent Puck de l’acteur Jamie Manton, ancien petit chanteur qui fit le Troisième Garçon de La Flûte enchantée dans le film de Kenneth Branagh. Ce spectacle n’est en aucun cas au même niveau que les œuvres de Britten produites par ce théâtre pendant les dernières saisons, notamment Le Tour d’écrou par David McVicar, le Peter Grimes de David Alden et surtout Mort à Venise par Deborah Warner.

O.B.

Dernière représentation le 30 juin. Prochains spectacles : Simon Boccanegra de Verdi (du 8 juin au 9 juillet) et Two Boys de Nico Muhly (du 24 juin au 8 juillet).


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