Le Médecin malgré lui

Gounod

le 29/04/2011

Opéra royal de Versailles

par Chantal Cazaux

Toujours curieuse et aventureuse, la Fondation Royaumont est à l’origine de cette production qui ressuscite le très peu connu opéra-comique de Gounod composé d’après Molière. La partition offre de multiples ensembles et airs, tous d’esprit très différents et balançant entre le pastiche lulliste et le langage instrumental et harmonique propre à Gounod : à cette qualité de fantaisie s’ajoute un livret par Barbier et Carré qui a l’intelligence de récrire certes les moments chantés mais de faire confiance au Molière original pour les dialogues parlés. Tempérons ce descriptif de l’œuvre par le sentiment inévitable de « second degré parodique » qui s’en dégage : il empêche de l’embrasser pour ce qu’elle devrait être – une simple comédie farcesque – et maintient le spectateur à distance soit par la référence sonore, soit par la tentative poétique qui, calquée sur des personnages trop typés, ne prend pas (notamment Léandre, que Gounod voudrait redessiner en charmant tenorino à la Grétry).

Peut-être prendrait-elle cependant en d’autres circonstances. Mais à Versailles, la catalyse n’opère pas. Si Pascal Verrot mène l’Orchestre de Picardie à une belle ouverture, il n’empêche pas ensuite un ennui palpable de gagner ses rangs, jusqu’à la déconcentration et aux inexactitudes conséquentes. Il faut dire que sur scène, la direction d’acteurs de Sandrine Anglade surexcite en permanence sa troupe, l’agite et la fait courir en une frénésie gratuite et lassante, les dialogues étant poussés et surjoués en permanence. C’est un Molière comme on voudrait ne plus en entendre, d’autant que la même lourde insistance grève les interventions vocales des uns et des autres – à croire que Martine et Géronte ne connaissent que la nuance forte. Egarée sur le beau plateau de l’Opéra Royal, la scénographie inutilement compliquée et resserrée de Claude Chestier ajoute à l’overdose de mouvement. D’un plateau très inégal (le timbre de Léandre ne charme pas, les graves de Martine se sonnent pas), on retiendra le Sganarelle d’Olivier Naveau : voix homogène, présence plus naturelle que ses partenaires, qui tempère en quelque sorte les exagérations de la mise en scène tout en assumant avec esprit son côté bavard. Mais la production ne permet pas de s’enthousiasmer pour ce Médecin malgré lui qui – comme son héros – n’émerge ici de sa réserve que forcé par les coups de boutoir d’un théâtre caricatural.

C.C.