Fra Diavolo

Auber

le 04/02/2009

Paris, Opéra-Comique

par Chantal Cazaux

 

Un an après le Zampa d’Hérold, l’Opéra Comique programmait en ce début d’année un autre «bandit romantique » français qui triompha sur les scènes lyriques pendant près d’un siècle avant d’être oublié : Fra Diavolo d’Auber. On peut rendre hommage à la maison de la place Boieldieu, qui redonne vie à son répertoire originel et nous permet de mieux mesurer les qualités, les exigences et les curiosités, aussi, de ce pan de culture lyrique si longtemps effacé à la scène. Aiguillonnés par la direction toujours vive et fine de Jérémie Rhorer, le Cercle de l’Harmonie et le chœur des Eléments offraient une présence colorée et joyeuse – ces ensembles ont plaisir à jouer et chanter, cela se sent et se voit, et c’est suffisamment rare pour être signalé. Le plateau vocal présentait une faiblesse malheureuse : le ténor Antonio Figueroa, peu audible et d’autant plus défavorisé par l’aisance de l’autre ténor, le rôle-titre tenu par un Kenneth Tarver déjouant crânement tous les pièges de sa partie fleurie et lyrique à la fois. Lancer la claque depuis les coulisses, à la fin de la romance de Figueroa, au cas où le public lui aurait été cruel, fut une idée malvenue (et, croyait-on, passée de mode…) qui jouait plutôt à contresens. La qualité première et homogène de la distribution venait de son rythme, de sa verve comique, parfois un peu cabotine mais toujours bon enfant : les caprices de Milady (Doris Lamprecht), les manières coquettes de Zerline (Sumi Jo), l’aristocratie au petit pied de Milord (Marc Molomot) se répondaient dans la drôlerie ou la colère feinte. On eût aimé, certes, un peu plus de fantaisie dans la mise en scène de Jérôme Deschamps – hésitant entre une mise en place « à l’ancienne » et des moments farfelus plus originaux –, ou dans les décors un peu raides de Laurent Peduzzi, eux aussi parfois égayés par un détail cocasse. Car la partition d’Auber, si elle pétille souvent de moments vifs et bien menés, n’est pas avare non plus en romances répétitives que seule une vision décalée peut, aujourd’hui, vivifier. Mais indéniablement, quoiqu’un peu trop sage, la soirée passée avec ce charmeur de Fra Diavolo était agréable, en témoigne le triomphe qui saluait, le 4 février au soir, la dernière représentation de la production.

C.C.