Lady Macbeth de Mzensk

Chostakovitch

le 17/01/2009

Opéra national de Paris, Opéra Bastille

par Chantal Cazaux

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Cela faisait longtemps que l’on ne s’était senti ainsi libéré de la tyrannie du «sifflet de première»: samedi 17 janvier, à l’Opéra Bastille, c’est un public unanime qui a fait un triomphe à Lady Macbeth de Mzensk dans la production du Nederlandse Opera d’Amsterdam mise en scène par Martin Kušej. Une rare alchimie s’était opérée : une œuvre farouche, atrocement belle comme un Goya ; sa lecture théâtrale décapante, extrême – toutes deux, donc, à l’unisson dans le sordide et le grinçant ; des interprètes allant au bout d’eux-mêmes, corps et chairs autant que voix et orchestre ; et un public mis KO, entre gifle et hypnose, ne pouvant à la fin que remercier qu’on lui ait fait vivre de pareilles émotions. De l’opéra de Chostakovitch, Martin Kušej souligne l’aspect primal des situations : le sang, la sueur, la terre et le sexe sont ici les ingrédients d’un univers poisseux et brut. Katerina, délaissée par son mari et qui brûle de se faire enfin étreindre, est un bel animal en cage, autant déshabillée par les costumes sexy de Heide Kastler que par le décor transparent et voyeur de Martin Zehetgruber. Que Serguei viole Aksinya ou qu’il aime Katerina, sa violence est la même – maculée de terre la première fois, zébrée d’éclairs stroboscopiques la seconde. Si Eva-Maria Westbroek se surpasse dans le rôle écrasant de Katerina, vocalement et dramatiquement, il faut aussi souligner la prestation hallucinante de Carole Wilson, qui offre à Aksinya sa nudité violentée (en scène) et violente – car en dépit de tous les progrès, quand le nu n’est pas «canon» – dans tous les sens du terme –, il bouscule encore... Carole Wilson nous rappelle avec classe et aplomb que les chairs sont aussi élément du drame – on n’a pu s’empêcher de penser à la Madame Rosa de Myriam Boyer dans La Vie devant soi, dernièrement à Paris, même corps assumé et terriblement lyrique. Plus qu’attentif à son plateau et à ses troupes, vivant avec eux chaque note, Hartmut Haenchen a fait crier l’orchestre autant qu’il l’a fait chanter, passant du rut au silence en d’ineffables transitions. Avec Ewa-Maria Westbroek, qui nous laisse à la fin sidérés par sa détresse creuse, avec Kušej qui construit de bout en bout un univers radical et riche de toutes les facettes de la musique – y compris l’humour –, Haenchen conduit les neuf tableaux de l’opéra dans une trajectoire tendue et implacable. Il reste cinq dates – courez-y. A défaut, existe le DVD de la production captée à Amsterdam en 2006 (dir. Mariss Jansons, chez Opus Arte).

C.C.