Monteverdi et Wagner. Penser l’opéra

Olivier Lexa

le 27/04/2018

par Jean-Charles Hoffelé

Paris, Archives Karéline, 325 p., 29 euros


Un livre ? Deux livres qui se répondent.

L’objet du premier, Monteverdi et Wagner, s’appuie sur le tropisme vénitien qui est le substrat de toute l’existence d’Olivier Lexa, cette Venise où il vit et sur le théâtre lyrique de laquelle il aura déjà tant écrit, participant enthousiaste à la renaissance des ouvrages de Francesco Cavalli depuis quelques années par son travail de metteur en scène si pertinent. Cette fois, c’est Monteverdi, au travers de la figure de son Orfeo, et Wagner, qui mourra à Venise, par le truchement de Tristan, qui dialoguent à travers les siècles, laissant s’approcher leurs deux univers pourtant inconciliables par un jeu subtil de mises en regard des références littéraires, d’analyses des libretti et des caractères des personnages, mais aussi par une confrontation des lectures respectives du Vénitien et de l’Allemand qui furent tous deux des admirateurs du Tasse. L’exercice pourrait virer à l’arbitraire ; au contraire, à mesure que le lecteur avance, la persistance des thématiques partagées, l’intelligence des rapports mis à jour par les lectures des écrivains qui se seront penchés sur Monteverdi et Wagner composent un paysage cohérent qui dévoile une véritable histoire des sensibilités du genre lyrique, du baroque montéverdien à la puissance présymbolique du monde wagnérien.

Quel écho aura l’opéra dans l’œuvre des philosophes et des écrivains européens ? Olivier Lexa en dresse un étourdissant panorama dans le second Livre de son ouvrage, Penser l’opéra. Rousseau évidemment, mais Nietzsche surtout et Kierkegaard, et tant d’autres qui, jugeant ou méjugeant le théâtre lyrique, en auront fait un monde à part sur lequel les « penseurs » du XXe siècle auront été bien moins prolixes, préférant les tentations abstraites de la musique instrumentales, avec deux exceptions majeures : Pelléas et Mélisande souvent replacé par rapport à Wagner, et le Ring dans l’incarnation qu’en proposèrent Patrice Chéreau et Pierre Boulez, faisant entrer le temps historique et la lecture sociale dans le temple de Bayreuth – révolution qui inspira des pages radicales à Deleuze où à Michel Foucault. L’histoire y télescope l’art, révélant une pertinence du monde lyrique face au monde moderne, comme si enfin l’opéra était devenu un sujet en soi pour le monde de la pensée.

Livre fourmillant, brillantissime, où l’auteur vous entraîne d’une plume vive dans un dédale de quatre siècles.

J.-C.H.