Il nous faut de l'amour

Felicity Lott avec Olivier Bellamy

le 06/01/2017

par Pierre Flinois

Paris, Buchet Chastel, 238 pages, 19 €

Felicity Lott, le charme incarné, livre ses angoisses et ses faiblesses avec cet humour so british et cet esprit si français qui ferait croire qu'elle est née au milieu du Channel. « Je suis arrivée à l'opéra entre Kiri Te Kanawa et Renée Fleming. Deux voix sublimes ! Comment voulez-vous que je n'aie pas de complexes ? » Quoi, la délicieuse Felicity Lott, celle qui vous happe dès qu'elle paraît, si à l'aise en scène, si radieusement souriante : pas sûre d'elle, doutant de tout, rongée par un sentiment d'infériorité ? Voilà ce qu'on découvre tout au long des 180 pages (hors répertoire, discographie, etc.) de ces confessions livrées tout simplement, à sa façon, « nature ». Pas d'hagiographie, pas de « Je suis la meilleure » - impossible quand on admire tant les autres qu'on trouve tellement supérieures à soi -, mais des souvenirs, drôles souvent, tendres aussi, égrenés au fil d'un parcours de-ci, de-là, cahin-caha, pour dire ce qu'on sait déjà, bien sûr, et qu'on aime chez elle - qu'elle n'est pas une diva, qu'elle préfère prendre le bus à Paris, qu'elle fait son thé elle-même et ses courses et sa lessive, comme tout un chacun, qu'elle aime manger et boire... Tout cela raconté d'un ton léger et souriant, à son image.

Comme dans tout exercice du genre, on suivra son parcours depuis le cocon familial jusqu'à un dîner chez sa Majesté ; ses complicités - de ses pianistes préférés, appuis et inspiration, à ses chefs adulés, au premier rang desquels Carlos Kleiber trône sans rival -, ses compagnons de route en scène, ses personnages - Anne, Marie-Thérèse, Madeleine, Helène : toujours la classe -, ses compagnons de mélodies - Wolf, Strauss, elle n'aime guère Schubert -, son amour de la musique française - Poulenc, Chausson et ses autres musiciens adorables -, en un bouquet d'anecdotes piquantes et enjouées...

Et son second mari bien sûr, Gabriel Wolf, qui en deux pages dit tout ce qu'elle est vraiment pour nous, à l'instar de son prénom : une Félicité. Rien de fondamental, juste le plaisir d'une compagnie agréable pour quelques heures de lecture et qui fait renaître des souvenirs heureux.

P.F.