János Gurbán (István), Jutta Bokor (Gizella), Zoltán Nyári (Imre), Zsuzsanna Bazsinka (Crescimira), Kázmér Sárkány (Vazul), Tamás Daróczi (Sebös), Jolán Sánta (Jóva), Ildikó Szakáks (Zolna), Tamás Szüle (Barang), Ferenc Valer (Gellért), Ákos Ambrus (Péter). Chœur d'opéra István Király, Orchestre Symphonique MÁV de Budapest, dir. Valéria Csányi (2012).
CD Naxos 8.660345-46. Distr. Abeille Musique.

Directeur de l'Opéra national de Pest, premier directeur de l'Académie royale de musique de Budapest, Erkel est à la Hongrie ce que Moniuszko et Smetana sont à la Pologne et à la  Tchéquie : le fondateur d'un opéra national. S'il reste d'abord pour nous le compositeur de Laszlo Hynyadi ou, surtout, de Bank Ban, il composa d'autres opéras, dont István Király, dernier de la série, créé en 1885. Voici la version d'origine, sans coupures ou révisons très tôt infligées. La musique dénote du métier, du sens mélodique, une habileté dans la conduite de l'action, avec un sens des effets hérité du grand opéra. Grands ensembles côtoient scènes intimistes, notamment celle de la folie de Crescimira - moins virtuose que celle de Melinda dans Bank Ban. Conspirations, menace d'un paganisme pas encore éradiqué, mariage à une princesse croate d'un fils qui a fait vœu de chasteté : la tâche est rude. Mais, s'il perd son fils, le fondateur de la Hongrie, canonisé ensuite, vient à bout de ses ennemis, convertissant par miracle les païens, clément pour les vaincus. A la fin, Dieu lui montre, en quatre visions, l'avenir glorieux de la Hongrie.

Bon orchestre, excellent chœur, direction vive et généreuse de Valéria Csányi, qui ne confond pas pompe et pompiérisme : ce Roi Etienne ne manque pas d'atouts. Les voix, seulement, s'avèrent parfois inégales. Sebös, le courtisan félon et païen, pousse trop ses aigus ; on préfère sa bien-aimée, la charmante Zolna d'Ildikó Szakács, à Crescimira, la malheureuse belle-fille du monarque, voix charnue mais affectée d'un vibrato excessif de Zsuzsanna Bazsinka, parfois à la peine dans les aigus d'un délire très émouvant par ailleurs. Les clés de fa dominent : Etienne d'une noblesse impérieuse, très richement timbré de János Gurbán, Vazul aussi stylé que ténébreux de Kázmér Sárkány. Cela dit, tous défendent vaillamment la cause, forment un véritable ensemble et l'on ne boude pas le plaisir de la découverte. Avis aux amateurs, maintenant : Le Roi Etienne n'est pas seulement une musique de Beethoven...

D.V.M.