Lars Cleveman (Siegfried), Attila Jun (Hagen), Andrew Shore (Alberich), Peter Coleman-Wright (Gunther), Katarina Dalayman (Brünnhilde), Nancy Gustafson (Gutrune), Susan Bickley (Waltraute), Ceri Williams (1ère Norne), Yvonne Howard (2e Norne), Miranda Keys (3e Norne), Katherine Broderick (Woglinde), Madeleine Shaw (Wellgunde), Leah-Marian Jones (Flosshilde), Hallé Choir, BBC Symphony Chorus, London Symphony Chorus, The Royal Opera Chorus, The Hallé Orchestra, dir. Sir Mark Elder (live V.2009).
CD Hallé HLD 7525. Distr. Abeille Musique.

Après leur Walkyrie, belle mais pas transcendante, voici Le Crépuscule des dieux de l'Orchestre Hallé et de son directeur Mark Elder, salué outre-Manche comme un événement.

Ce fut en effet un beau concert, en mai 2009, étale et majestueux, avec sa battue lente qui porte l'œuvre à plus de 4 h 30 (et 5 CD) sans arriver toujours à soutenir l'intérêt dramatique. La matière orchestrale est belle, sinon passionnante, même si l'on y trouve parfois de la magnificence (dans la plupart des Interludes, en particulier entre Nornes et Duo de l'Aube). Mais ce qui manquera sur cette durée extrême, c'est bien la dimension théâtrale, qui ne portera pas ici les conflits du IIe acte au niveau de dévastation espéré, non plus que la scène finale à sa dimension vertigineuse sur l'humanité et son devenir. Question de concept, chez le chef. Mais à comparer avec un autre concert récemment publié, celui de Janowski, plus magnifique d'orchestre, plus pensé de battue, le produit anglais est autrement chérissable, car sa distribution n'appelle, elle, pratiquement pas de réserve, contrairement à sa rivale berlinoise, et c'est fort appréciable.

La Brünnhilde de Katarina Dalayman, bien connue désormais, est en très bonne forme, grave comme toujours sans trop de couleur, aigu impeccablement tenu, vibrato contenu, puissance et vaillance réelles. C'est le personnage qui laisse un rien indifférent par trop de retenue, de sagesse. Mais son Immolation, proche, sensible, chantée à pleine voix, sans fatigue, retient l'attention jusqu'au bout, tant par son investissement vocal que par sa prise en charge avec fraîcheur et féminité. Son Siegfried, Lars Cleveman, est, lui, excellent de bout en bout : voix mâle, timbre racé, personnage crédible, vaillance et poésie introspective, tout est là, y compris la jeunesse et l'émotion (la mort est superbe), et montre bien qu'on se trompe à vouloir afficher d'autres ténors plus en vue, mais plus usés, dans le rôle. Bon Hagen d'Attila Jun, profond, plus gris que noir (le timbre est assez éraillé et le vibrato parfois trop sensible) mais fort présent. Bon Gunther classiquement veule de Peter Coleman-Wright, Gutrune assez épuisée de Nancy Gustafson, qui ainsi fait un peu harpie, belle Waltraute de Susan Bickley, qui n'a pas à forcer, mais qui n'est en rien penchée sur des abîmes narratifs. Nornes et Nixes qui font honneur au chant anglais. Et chœurs, hyper nombreux, qui restent massifs de son, et eux aussi manquent d'impression majeure. Le tout est plus que respectable.

Mais un beau concert, qui offre une preuve de plus qu'il est désormais possible de bien distribuer Le Crépuscule aujourd'hui, la crise du chant wagnérien s'étant vraiment éloignée, n'est pas forcément une version marquante et historique pour une discographie plus que magistralement servie hier et avant-hier.

P.F.