Snegourotchka

Rimski-Korsakov

le 19/09/2013

par Jean-Charles Hoffelé

Elena Zemenkova (Sniegourotchka), Nicolas Ghiuseleff (Vieux-Froid), Alexandra Milcheva (Printemps-Beauté), Avram Andreeff (le Tsar Berendeï), Stefka Mnineva (Lel), Stefka Evsatieva (Kupava), Liubomir Dyakovski (Bobil Bakoula, l'Esprit des bois), Vessela Zorova (Bobilikha), Liubomir Videnoff (Mizguir). Chœur et Orchestre Symphonique de la Radio Bulgare, dir. Stoyan Angeloff (Sofia 1985).
CD Brilliant Classics 94626 (3 CD). Distr. Abeille Musique.

Pauvre Sniégourotchka qui fondra à la découverte de l'amour ! Rimski-Korsakov tenait  son troisième ouvrage lyrique pour son chef-d'œuvre. Il y surpassait le délicieux conte de La Nuit de Mai en proposant une fantaisie bucolique où s'invitent les rites panthéistes de la Vielle Russie. Cette célébration symboliste rayonne aussi bien dans un orchestre subtilement composé - l'un des plus brillants et des plus évocateurs coulés de la plume de Rimski-Korsakov - que dans une écriture vocale caractérisant chaque personnage et, pour certains, leur offrant un compagnon instrument : la flûte pour Sniegourotchka, la clarinette pour Lel. L'œuvre a été formidablement servie au disque par quatre intégrales russes qui font presque armes égales, même si l'on préfère la version princeps de Kirill Kondrachine qui alignait Lemeshev, Maslenikova, Maksakova, Obhukhova, Krasovsky et Mikhailov.

Face à elle, la lecture sans prétention des Bulgares est loin de faire pâle figure, malgré un orchestre modeste mais dirigé avec art par Stoyan Angeloff, attentif aux atmosphères des bois ou du village, comme au dilemme des personnages. La distribution est finement appariée, sans aucune paille, et Avram Andreeff a dans la voix l'âge véritable de Berendei, distribué ailleurs à des ténors parfois trop juvéniles. Ce n'est pas mal vu. Très beau Lel, parfait couple Hiver-Printemps (Ghiuselev-Milcheva, grand luxe !), mais surtout on aime la Sniégourotchka d'Elena Zemenkova, soprano pure débarrassée du vibrato qui handicape la ligne de toutes ses consœurs russes. Elle chante divinement bien un rôle exigeant et dessine un personnage aussi fragile qu'exalté. Les versions russes, sinon celle de Lazareff, étant difficilement accessibles, vous pourrez apprendre ici, et en plus sans bourse délier, votre  « Flocon de neige ».

J.-C.H.