Boris Godounov

Moussorgski

le 19/09/2013

par André Lischke

Boris Christoff (Boris), Joseph Rouleau (Pimène), Joseph Gostic (Grigori), Regina Reznik (Marina), Otakar Kraus (Rangoni), David Kelly (Varlaam), Josephine Veasey (Feodor), Duncan Robertson (l'Innocent). Chœur et orchestre du Royal Opera House de Londres, dir. Rafael Kubelik (live, 6.XII.1958).
CD Myto 00312. Distr. Abeille Musique.

Un live de Boris Godounov en version originale chanté en 1958 par Boris Christoff (qui, dans ses enregistrements, s'en était toujours tenu à la version Rimski) et dirigé par Kubelik, ceci mérite assurément l'attention, quels que soient les aléas techniques de l'enregistrement : la balance entre solistes et orchestre n'est pas toujours équilibrée, ça va, ça vient, et il y a quelques petits accrocs (manquent par exemple les premières mesures du tableau dans la cellule de Pimène). Mais on a là une version originale (celle, définitive, de 1872) quasiment complète, avec la dernière scène du tableau initial, souvent omise, l'inclusion du tableau devant Saint-Basile, et peu de coupures (sauf le premier récit de Pimène sur les tsars). Christoff est dans ses grandes années, au top de sa forme, rajoutant juste ce qu'il faut d'excentricités dans la scène des hallucinations. Il est entouré d'un plateau assez international que rien ne dépareille, avec la magnifique basse canadienne Joseph Rouleau, Pimène au lyrisme hiératique, Regina Reznik, incandescente Marina à qui le Rangoni d'Otakar Kraus donne la réplique avec une autorité machiavélique, et Joseph Gostic en Grigori, faisant valoir une voix claire, à la projection très nette. Beaucoup de seconds rôles sont britanniques, s'en sortant plutôt honorablement avec la prononciation du russe, comme le Varlaam rigolard de David Kelly, moins épique et plus bouffon que de coutume, mais fort convaincant. Et Duncan Robertson, aux possibilités vocales apparemment modestes, est lui aussi fort véridique dans son incarnation de l'Innocent. La qualité des chœurs du Covent Garden n'est plus à présenter, et Kubelik tient tout son monde d'une main de maître inspiré. Une version inattendue, qui réussit à captiver par cette double authenticité du texte musical et de l'interprétation, malgré l'inégalité de la tenue de route technique, et qui est donc désormais à prendre en considération pour toute discographie ultérieure.

A.L.