Barbie Blue / Gulliver in Faremido

Gergely Vajda

le 23/08/2013

par Pierre Rigaudière

Dóra Érsec (Barbie), Róbert Rezsnyák (Bernard), Tibor Szervét (le Narrateur), Hungarian Public Service Media MR Symphonic, Umze Ensemble, dir. Gergely Vajda ; Dedalo Ensemble, dir. Vittorio Parisi (2008-2010).
CD BMC 202. Distribution Abeille Musique.

Même sans connaître son pedigree, on le pressent vite à l'écoute de ce disque : Gergely Vajda marche sur les traces de son compatriote, aîné et mentor, Peter Eötvös. Il nous livre avec son Barbie Blue (2006), conçu à l'occasion du 125e anniversaire de la disparition de Bartók comme un avatar satirique du Château de Barbe Bleue, une musique brillante, diablement efficace, une musique de chef d'orchestre au sens positif du terme. Si ni la finesse harmonique ni celle de la palette orchestrale n'égalent celles d'Eötvös, l'écriture sert remarquablement les voix, portées et mises en valeur par un environnement dynamique et coloré. Barbie et Bernard traversent la phase critique d'un couple essoufflé, au bord du divorce, mais rédimé in extremis par le librettiste András Almási-Tóth. Aussi à l'aise avec les pulsions érotiques de son personnage qu'avec sa tendresse et ses rancœurs, la soprano Dóra Érsec impose une forte présence, confortée par la largeur d'une voix tirant sur des couleurs de mezzo-soprano, et parvient à faire oublier grâce à son énergie communicative quelques tensions dans l'aigu. Baryton remarquablement consistant et homogène, Róbert Rezsnyák convient parfaitement aux sentiments plus univoques de Bernard. Avec l'Orchestre Symphonique de la Radio Hongroise dont il est récemment devenu le chef principal, Vajda insuffle à ce mini-opéra où cohabitent swing et lyrisme une vitalité communicative.

Le joli conte musical Gulliver in Faremido (2010) permet d'approcher, dans un contexte poétique fort différent, l'écriture plus anguleuse que développe le compositeur pour un Umze Ensemble très réactif. Reposant sur l'idée peu originale de la conversation sans paroles, Conversation with children (2008) bénéficie certes de l'interprétation très nette du Dedalo Ensemble, mais n'apporte rien de décisif à ce programme.

P.R.