Renaud

Sacchini

le 23/08/2013

par Olivier Rouvière

Marie Kalinine (Armide), Julien Dran (Renaud), Jean-Sébastien Bou (Hidraot), Pierrick Boisseau (Adraste), Julie Fuchs (Mélisse), Katia Velletaz (Doris), Chantal Santon (Antiope). Les Talens lyriques, Les Chantres du CMBV, dir. Christophe Rousset (2012).
Livre-CD Ediciones Singulares 1012. Distr. Outhere.

1783 : Gluck, malade et dépité par l'insuccès d'Echo et Narcisse, a quitté la France. Les ouvrages de son rival Piccinni ne suffisant pas à remplir les caisses, les directeurs de l'Académie royale lui suscitent un challenger en la personne de son ami Sacchini, autre protégé de Marie-Antoinette. Le Florentin accoste à Paris avec ce Renaud, inspiré à la fois d'un opéra séria qu'il avait écrit pour Londres et d'une tragédie lyrique de Desmarets. L'œuvre – dont le livret recycle toutes les grandes scènes de l'Armide de Lully / Gluck (serment du I, maléfices du II, « abandon » du III) – tente de réconcilier la cantilène des Piccinnistes avec le pathos des Gluckistes : elle s'aliénera les deux. Sans génie, comme la plupart des partitions de cette époque de transition, elle a pour mérite de ne jamais s'attarder et de devenir de plus en plus « romantique » au fil des actes, jusqu'aux étonnants orage et lieto fine de l'acte III. Rousset et ses Talens l'empoignent avec fougue, se montrant, à leur habitude, davantage à l'aise dans les scènes d'action que dans les épanchements, en enfer qu'au paradis – superbe, le chœur des démons récalcitrants, tandis que plaintes et duos amoureux manquent de chaleur latine. S'il n'avait craint de se mesurer à ses prédécesseurs, c'est bien Armide qu'eut dû s'intituler l'opéra, si flatteuse y apparaît la partie de la magicienne, écrite pour la première Alceste, Rosalie Levasseur : Marie Kalinine, en dépit d'une emphase un peu désuète, y fait figure de révélation, par la richesse de son timbre, l'assise de son grave, la fermeté de sa projection. Julien Dran campe un Renaud plus falot (mais cet ultime rôle de Legros n'exige guère plus), tandis que les deux basses n'encourent d'autre reproche que de trop se ressembler et que Julie Fuchs décoche une brillante ariette finale. Enfin, on applaudit au travail du chœur de Versailles et à l'érudition du livre/CD édité par le Pallazzetto Bru Zane.

O.R.