Il rè pastore

Mozart

le 23/08/2013

par Olivier Rouvière

Johannette Zomer (Aminta), Francine van der Heijden (Elisa), Claudia Patacca (Tamiri), Alexei Grigorev (Alessandro), Marcel Reijans (Agenore). Musica ad Rhenum, dir. Jed Wentz (2001).
CD Brilliant Classics 94498. Distr. Abeille Musique.

Un Mozart pour poupées, un Mozart-jouet… C'est un peu l'impression que laissent les gravures de Jed Wentz, rééditées par Brilliant dans le cadre de son « intégrale ». Le chef et flûtiste américain s'en tient heureusement aux ouvrages de jeunesse, sans pour autant parvenir à convaincre – battue tiède, sage, scolaire, manquant d'abandon sensuel (« Intendo, amico rio ») et, surtout, de sens rhétorique, de pathos (« Sol puo dire » : une tempête dans un verre d'eau !). L'orchestre apparaît bien anonyme (les cordes, surtout ; les bois se montrant plus éloquents dans « Se vincendo ») et la distribution vocale assez modeste. Mais pas déplaisante, concernant les deux principales sopranos – Van der Heijden campant une convaincante Elisa, même si elle ne peut se mesurer à Popp, et Zomer un Aminta plein de musicalité, auquel fait néanmoins défaut la palette de couleurs que réclame ce rôle de castrat. Les autres interprètes sont médiocres, Grigorev s'effondrant notamment sous les exigences d'une partie dont il ne possède pas les extrêmes. Et admettons-le : l'ouvrage, difficile à défendre, n'a pas encore trouvé de héraut sans tache. Ecrite en 1775 (Mozart n'a pas encore vingt ans) en l'honneur du fils cadet de Marie-Thérèse et pour la cour honnie de Salzbourg, cette sérénade pour trois sopranos et deux ténors, malhabilement adaptée d'un livret séria de Métastase, pêche par son statisme, son atmosphère rococo, son taux en aspartame. Fastidieusement découpée en récitatifs secs et airs (douze, auxquels s'ajoutent un duo et un quintette final), elle vaut pour la grande variété de coupes adoptée ici par Mozart (aucun da capo véritable) ainsi que pour le caractère concertant de plusieurs pages (parmi lesquelles le fameux rondeau avec violon solo « L'amero, saro costante »). Il y faut donc un vaillant orchestre tout autant que de grandes voix. Harnoncourt (Teldec) y était mal secondé, Marriner (Philips), trop appliqué et, pour l'heure, on préfère encore y entendre Vaughan (RCA), moins « musicalement correct », mais plus expressif…

O.R.