Il burbero di buon cuore (Le Bourru bienfaisant)

Martin y Soler

le 23/08/2013

par Olivier Rouvière

Elena de la Merced (Angelica), Carlos Chausson (Ferramondo), Véronique Gens (Lucilla), Saimir Pirgu (Giocondo), Cecilia Diaz (Marina), Juan Francisco Gatell (Valerio), Luca Pisaroni (Dorval), Josep Miquel Ramon (Castagna). Orch. symph. de Madrid, dir Christophe Rousset.
CD Dynamic 580/1-2. Distr. Codaex.

Voici complétée la trilogie troussée par Da Ponte et Soler dans les années 1786-87, dont le succès porta longtemps ombrage à celle concoctée parallèlement avec Mozart. Le Bourru bienfaisant (pour lui donner son titre français original, celui de la pièce de Goldoni dont est tiré le livret), créé en janvier 1786, inaugure la collaboration du librettiste avec le compositeur catalan ; suivront L'arbore di Diana (enregistré en DVD par Bicket chez Dynamic) et Una cosa rara (gravé chez Astrée par Savall). C'est le même Savall, d'ailleurs, qui a créé la production dont se fait l'écho le présent coffret (aussi parue en DVD). Rousset, qui lui succède, emporte la partition à un train d'enfer, lui conférant beaucoup de théâtralité (les récitatifs !) mais guère de souplesse – peu de rubato dans les airs langoureux, trop de raideur dans le comique. L'Orchestre de Madrid se montre efficace mais les Talens lyriques auraient été préférables dans les pages les plus concertantes (les airs de Giocondo, où l'harmonie fait pâle figure). Quant à la distribution, elle est dominée par les basses – Chausson irrésistible en atrabilaire au cœur d'or, Pisaroni parfait en exaspérant flegmatique – et par Véronique Gens, dans le rôle de composition d'une écervelée où elle est amenée à chanter les deux arie de substitution composées par Mozart pour la reprise de 1789 (K. 582 et 583). La comparaison de ces pages avec les airs dus à Soler s'avère cruelle pour ce dernier : si la partition de l'Espagnol (25 numéros) est dépourvue de temps morts et ponctuée de jolis – mais rares – ensembles (le trio féminin, notamment), elle manque de génie comme de souffle. Le meilleur de l'œuvre ? Le livret, avec son étonnant rôle-titre mêlant cruauté et bonté fondamentale. Honte donc à Dynamic qui ne le propose pas – pas même en téléchargement !

O.R.