La Ville morte

Korngold

le 23/08/2013

par Pierre Flinois

Karl Friedrich (Paul), Maud Cunitz (Marietta), Benno Kusche (Frank), Lilian Benningsen (Brigitta), Margot Guilleaume (Juliette), Elenor Junker (Lucienne), Richard Holm (Victorin, Gaston), Hans Braun (Fritz), Josef Traxel (le Comte Albert). Chœurs et Orchestre de la Radio bavaroise, dir. Fritz Lehmann (1952).
CD Myto 00318 (2 CD). Distr. Abeille Musique.

Il y a quelque chose de vieillot dans ce qui s'avère être désormais le premier enregistrement intégral (radio) de La Ville morte. 1952, c'est le temps d'une tradition allemande qui s'achève, et celui des renouveaux – à Bayreuth, à Salzbourg aussi, pas encore à Munich… C'est la modernité d'interprétation qui est ici en cause : on chante vieux, de ton, de style, même si l'œuvre n'a qu'à peine 30 ans et va tomber dans l'oubli bientôt, comme tout ce qu'a écrit le naguère triomphant Korngold. Pourtant, Karl Friedrich, qu'on a entendu affreux ailleurs, se tient fort bien, en particulier dans l'aigu qui est leçon d'allègement, de tenue, de franchise (tout ce qu'on aurait aimé entendre chez Kollo avec Leinsdorf, que la comparaison met définitivement à bas). Disons-le tout net, M. Friedrich est admirable mais inintéressant. Il traîne, il stagne, il s'écoute, il se laisse aller à des alanguissements viennois, qui ont passé de mode. Ce qu'on admet quand c'est un Richard Tauber au charme absolu, aux aigus somptueux, mais pas quand ce n'est que propre et sans esprit, comme l'est cet honorable fort ténor stylé. Benno Kusche a les mêmes problèmes, vieux d'expression, beau chanteur mais d'un autre temps, malgré un legato de belle facture et un timbre qui ne s'est pas encore défait pour caricaturer Beckmesser. De même pour Maud Cunitz : il y a là un art du chant – fin de carrière, certes –, mais il manque tout ce que Lotte Lehmann, Maria Jeritza, Rosa Ponselle même ou Renée Fleming aujourd'hui ont mis à son fameux Lied. Nostalgie réelle, vraie, et non état des lieux d'une bonne chanteuse de second rang. Die tote Stadt est faite pour les absolus glorieux, les resplendissants. Ne parlons pas alors de Lilian Benningsen, jeune, et qui devait sévir longtemps à Munich, toujours peu agréable de timbre. Il y a quand même le délicieux Josef Traxel, et Richard Holm, bien plus « modernes ». Fritz Lehmann n'est pas pour peu dans cette lecture passéiste en tant que support de la vocalité. En revanche, question atmosphère, même si la bonne prise de son mono ne peut pas vraiment rendre grâce à la luxuriance de l'écriture, il y a quelques moments de vraie fascination à l'acte II. Informatif plus qu'indispensable. La référence absolue pour La Ville morte reste toujours à enregistrer.

P.F.