Lakmé

Delibes

le 23/08/2013

par Didier van Moere

Clifford Grant (Nilakantha), Joan Sutherland (Lakmé), Huguette Tourangeau (Mallika), Graeme Ewer (Hadji), Henri Wilden (Gerald), John Pringle (Frederick), Isobel Buchanan (Ellen), Jennifer Bermingham (Rose), Rosina Raisbeck (Miss Bentson). Dir. Richard Bonynge (1976).
CD Opera Australia OPOZ56012. Distr. Abeille Musique.
Alain Vanzo (Gérald), Denise Boursin (Lakmé), Pierre Savignol (Nilakantha), Agnès Disney (Malika), dir. Pierre-Michel Leconte (1961).
CD Malibran CDRG 200. Aucune présentation. Distr. DOM.

Nous avions beaucoup aimé la Lakmé gravée par Dame Joan pour Decca. Et il y avait Vanzo, Bacquier, Berbié, pour incarner cet esprit français inhérent à l'œuvre. à Sydney en 1976, on ne chante pas mal, mais tout sonne assez exotique – pas seulement les passages parlés. Si le Gerald de Henri Wilden assume, il a parfois tendance à pleurnicher. Pour une charmante Isobel Buchanan en Ellen, Frederick se croit chez Verdi. On ne reprochera pas à Sutherland, ici fille d'un Nilakantha imposant, de chanter toujours les Clochettes en mi bémol… après avoir transposé en do dièse la vocalise introductive, ce qui est moins tolérable… La voix, surtout, s'est corsée, sans doute trop grande, trop mûre maintenant pour la petite prêtresse. On en restera donc à la version Decca – d'autant plus que Bonynge avait de plus de légèreté à Monte-Carlo. Le DVD existait déjà : si vous aimez le kitsch…

Quinze ans avant, une soirée lyrique de la RTF offre beaucoup plus d'authenticité. Pas d'accent, par exemple, mais une articulation parfaite, même chez la Lakmé de Denise Boursin. Il n'empêche : malgré la sûreté de la technique, la facilité du suraigu, la sincérité touchante de la composition, ce petit soprano coincé et pointu, très typique d'un certain colorature à la française, s'écoute difficilement aujourd'hui avec ses airs de porcelaine kitsch qu'on déniche dans les brocantes. Vanzo, en revanche, peut servir de modèle pour la jeunesse quasi adolescente du timbre, la souplesse de l'émission et l'élégance du phrasé, la lumière de la voix mixte, même si certains trouveront ce Gerald parfois un peu trop suave. Nilakantha solide et menaçant, Pierre Savignol incarne aussi une certaine basse à la française, franche de timbre et de ligne. Un Leconte très pro dirige cette Lakmé passablement abrégée. Ici encore, retour à la version Decca pour retrouver Vanzo.

D.V.M.