Platée

Rameau

le 6/12/2021

par Olivier Rouvière

Marcel Beekman (Platée), Jeanine de Bique (la Folie), Cyril Auvity (Thespis, Mercure), Marc Mauillon (Momus, Cithéron), Edwin Crossley-Mercer (Jupiter), Emmanuelle de Negri (l’Amour, Clarine), Padraic Rowan (Satyre, Mommus), Emilie Renard (Junon), Ilona Revolskaya (Thalie), Les Arts Florissants, dir. William Christie.
Harmonia Mundi (2 CD). 2020. 2h14. Notice en français. Distr. Harmonia Mundi.

Ce coffret propose la bande-son du spectacle (re)mis en scène par Robert Carsen à Vienne, en décembre 2020. Donnée dès 2014 à l’Opéra-Comique, cette production, qui transposait l’action dans le monde de la mode (avec un Jupiter singeant Karl Lagerfeld et une Folie grimée en Lady Gaga) était déjà disponible en DVD chez Unitel. On comprend que Christie ait voulu publier en disques « sa » Platée. Mais, dans Rameau, le choix du direct est périlleux, et celui-ci surexpose bien des défauts que camouflait la représentation. À commencer par la direction de Christie elle-même, qui démontre à nouveau combien cet accompagnateur peine à unifier un propos, à créer une tension, à tenir un arc dramatique, préférant se réfugier dans des gimmicks de détail, quitte à morceler le prologue et l’acte III. La baguette retrouve sa grâce dans les danses, particulièrement la musette et les menuets dans le goût des vielles, ravissants. L’orchestre charnu, coloré et expressif des Arts Flo’ s’y montre à son meilleur, alors qu’il semble parfois imprécis dans les moments de pure virtuosité – et on fera un constat similaire pour le chœur, aux timbres superbes, alternant réussites (« Que nos voix applaudissent ») et hésitations. Les seconds rôles, au disque, apparaissent dans une inquiétante méforme : justesse incertaine et émission serrée pour Auvity, voix blanche pour Mauillon, qui, n’ayant pas les  graves de Cithéron, se réfugie dans le parlando (« Dans un marais profond ») – même de Negri, habituellement impeccable, s’avère assez raide dans l’air de Clarine. Les choses s’arrangent avec les quatre têtes d’affiche, dessinées à gros traits mais de façon efficace : Jupiter monolithique et arrogant, Junon nerveuse et vipérine, Folie véloce et corsée, au bas registre bien sonnant, au trille soigné. Le cas du Néerlandais Marcel Beekman est particulier : on peut ne pas gouter cette Platée volontairement grotesque, dont les voyelles très ouvertes (le chanteur garde un accent prononcé) soulignent le côté batracien et dont les vocalises manquent de précision ; mais le ténor assume avec une telle aisance la tessiture tendue et se glisse avec un tel bagout dans la peau de la nymphe des marais (dont il ne gomme pas l’aspect inquiétant), que, sur le plateau, du moins, il emportait les suffrages. Tout compte fait, quelques réserves qu’on puisse avoir sur l’approche de Carsen, on préférera le DVD.

Olivier Rouvière