The Perfect Fool

Holst

le 3/11/2021

par Louis Bilodeau

Richard Golding (le Sorcier), Pamela Bowden (la Mère), Walter Plinge (le Fou), Margaret Neville (la Princesse), John Mitchinson (le Troubadour), David Read (le Voyageur), Alison Hargan, Barbara Platt, Lesley Rooke (trois filles), Ronald Harvi (un paysan), George Hagan (narrateur). BBC Northern Symphony Orchestra et BBC Northern Singers, dir. Charles Groves (BBC, 7 mai 1967).
Lyrita REAM.1143 (1 CD). Présentation et livret anglais. Distr. Outhere.

Septième des neuf opéras achevés de Gustav Holst, ce Perfect Fool a été conçu au sortir de la première guerre mondiale, soit très peu de temps après Les Planètes. Le dramaturge Clifford Bax ayant décliné l'offre de rédiger le livret, le compositeur s'attela à la tâche et écrivit un conte à l'humour assez peu subtil qui décontenança une bonne partie du public lors de la création, en 1923, à Covent Garden. Épris d'une ravissante princesse, un sorcier cherche à épouser l'élue de son cœur grâce à un philtre d'amour. Or la mère d'un jeune homme qui passe le plus clair de son temps à dormir (le Fou du titre) déjoue les plans du magicien et fait boire le breuvage à son fils. Nullement attiré par la princesse, ce dernier oppose un refus cinglant au trône qu'on lui destine. Comprenant de nombreux passages parlés et interventions d'un narrateur, l'opéra dure une petite heure. Le principal attrait de la partition réside dans les trois danses de la première scène, que Holst a reprises de la musique de scène pour la pièce The Sneezing Charm (1918) de Bax. Dans ces pages rutilantes consacrées respectivement aux Esprits de la Terre, de l'Eau et du Feu, le musicien donne le meilleur de lui-même grâce à une orchestration luxuriante au riche pouvoir évocateur. Ajoutons aussi les amusants pastiches de Verdi et de Wagner qui soutiennent le discours emphatique du troubadour et du voyageur, autres prétendants éconduits de la princesse.

Tombé dans un oubli quasi total, The Perfect Fool a néanmoins donné lieu à un enregistrement réalisé par la BBC en 1967 et que Lyrita vient de commercialiser. Charles Groves ne peut certes pas insuffler le génie dramatique à Holst, mais il mène ses troupes avec beaucoup de dynamisme et offre une lecture enfiévrée des pages chorégraphiques. Au valeureux chœur de la BBC se joignent de très bons chanteurs, au premier rang desquels on louera la touchante Princesse à la voix argentine de Margaret Neville et la magnifique Mère de Pamela Bowden, dont le timbre n'est pas sans évoquer celui de Christa Ludwig. Si les trois filles (qui rappellent les filles du Rhin de Wagner) chantent à ravir, il faut convenir que le sorcier de Richard Golding est à la peine, en particulier dans l'aigu. Quant au Fou, son rôle se limite à de bruyants ronflements et à un seul mot (« No! »)... Malgré ses indéniables qualités, voilà en somme un disque qui ne révèle pas un chef-d'œuvre inconnu du répertoire lyrique.

Louis Bilodeau