Šárka

Fibich

le 29/10/2021

par Didier van Moere

Dalibor Jenis (Przmysl), Janez Lotrič (Citrad), Vladimir Kubovčík (Vitoraz), Ida Kirilová (Vlasta), Eva Urbanová (Sarka), Simona Saturova (Lybina), Adriana Kuhutkova (Svatava), Klaudia Dernerová (Mlada), Hanna Minutillo (Radka), Marta Benackova (Hosta), Adriana Hlasova (Castava). Wiener Konzertchor, Orchestre Symphonique de la Radio de Vienne, dir. Sylvain Cambreling (live, Wienerkonzerthaus, 8 mai 1998).
Orfeo. 10 CD. Notice bilingue (all., angl.). Distr. DistrArt Musique.

Cette Sarka vient d’un coffret de 10 CD où Orfeo a réuni quelques « Opera Rarities » : Don Giovanni de Gazzaniga (Stefan Soltesz), Djamileh de Bizet (Lamberto Gardelli), Armida de Dvorak (Gerd Albercht), Thérèse de Massenet (Gerd Albrecht) et La Bohème de Leoncavallo (Heinz Wallberg). Seul l’opéra de Fibich n’avait pas été chroniqué dans nos colonnes. Une histoire d’amazone tchèque vaincue par l’amour, qui trahira ses compagnes pour son bien-aimé et finira par se suicider, partition puissante où l’ombre de Smetana – tout se passe d’ailleurs après la mort de Libuse – croise celle de Wagner, le duo du II se souvenant de celui de Tristan. Le coffret propose un concert de la Radio autrichienne, dirigé avec clarté et couleurs par Sylvain Cambreling, qui connaît cependant des baisses de tension, à l’inverse d’un Zdeněk Chalabala ou d’un Jiri Pinkas, plus unitaires et plus épiques. Mais le chœur viennois est remarquable et la distribution tient la route, à défaut d’être idéale. Eva Urbanová, sans égaler vraiment Marie Podvalová chez Chalabala et Pinkas, pouvait à l’époque affronter le rôle redoutable de Sarka, qui n’a rien à envier aux grands emplois dramatiques wagnériens ou straussiens : elle avait la longueur de la voix, la puissance et l’endurance – on passera, vu le défi, sur les duretés du registre haut. Citrad met aussi le ténor à l’épreuve : chez Pinkas, Beno Blachut rayonnait, mais chez Chalabala, Lubomir Havlak était à la peine. Janez Lotrič montre assez de souplesse dans la vaillance pour tenir sa ligne et ne pas violenter son aigu, formant ainsi un beau couple avec sa walkyrie. La Vlasta d’Ida Kirilová doit cependant s’incliner devant la grandiose Marta Krasova et le Premysl de Dalibor Jenis ne montre ni la noblesse ni la tenue de celui de Vaclav Bednar, dans les deux versions tchèques. Les rôles secondaires sont bien tenus et l’on tient là une belle version de Sarka, même si les deux versions tchèques restent pour nous prioritaires.

Didier van Moere