Aci, Galatea e Polifemo

Haendel

le 28/10/2021

par Olivier Rouvière

Giuseppina Bridelli (Galatea), Raffaele Pe (Aci), Andrea Mastroni (Polifemo), La Lira di Orfeo, dir.: Luca Guglielmi.
Glossa 923528 (2 CD). 2020. 1h23. Notice en français. Distr. Harmonia Mundi.

« Version pour Senesino, Londres, après 1718 » annonce le verso du coffret. Ce n’est donc pas un nouvel enregistrement de la vaste sérénade napolitaine de 1708 qui nous est ici proposé mais un pot-pourri mêlant cette œuvre à une autre, toute différente et mieux connue, le mask britannique Acis & Galatea de 1718. On sait que Haendel lui-même monta en 1732 un pasticcio de ce type, dans lequel se côtoyaient des morceaux de diverses provenances, chantés tantôt en anglais, tantôt en italien. Mais Guglielmi a préféré concocter son propre plat – sans grand discernement, à notre humble avis. Pourquoi, par exemple, adapter un air d’Agrippina au texte « Benché tuoni », déjà mis en musique, de façon plus pertinente, dans la mouture napolitaine ? Pourquoi remplacer tous les airs de Polyphème, à l’exception, justement, du moins chantable, « Fra l’ombre e gli orrori » (où Mastroni se voit forcé de falsettiser) ? En 1708, Acis était soprano et Galatea alto ; ici, on imagine un Acis alto  (Senesino, donc) et une Galatea (mezzo)soprano, ce qui contraint à des transpositions – ou des insertions étranges : le héros entre désormais sur un air venu du mask de 1718, et donc d’abord composé en anglais pour un ténor ! Mais le plus gênant reste la direction pataude, pesante et peu inspirée de Guglielmi, claveciniste d’ailleurs scolaire. Les laborieux récits accompagnés ajoutés à la première partie sont particulièrement redoutables : entendre le médiocre Mastroni ânonner les vocalises de « Mi palpita il cor » (un extrait de cantate bien connu) ou « Avvampo, mi struggo » s’avère fort éprouvant... Enfin, la lecture instrumentale, mal préparée (cet orgue lourdingue plombant « Sorge il di », cette harpe faisant bizarrement intrusion dans les pages d’action), apparaît souvent incertaine. Restent les interprétations probantes de Bridelli et, surtout, de Pe, qui meurt avec beaucoup de classe… Pour l’Aci, Galatea e Polifemo de 1708, on reviendra à l’enregistrement de Haïm (Virgin, 2003) ou à celui de Medlam (1986), qu’Harmonia Mundi serait bien inspiré de rééditer.

Olivier Rouvière