L'Orfeo

Monteverdi

le 18/10/2021

par Olivier Rouvière

Valerio Contaldo (Orfeo), Mariana Flores (la Musica, Euridice), Ana Quintans (la Speranza, Proserpina), Giuseppina Bridelli (la Messaggiera), Nicholas Scott (Pastore, Spirito), Alessandro Giangrande (Apollo, Pastore), Alejandro Meerapfel (Plutone), Salvo Vitale (Caronte), Choeur de chambre de Namur, Cappella mediterranea, dir. Leonardo Garcia Alarcon.
Alpha 720 (2 CD). 2020. 1h46. Notice en français. Distr. Outhere.

Dans son intéressant texte de présentation, Jérôme Lejeune rappelle que, si la partition publiée de L’Orfeo (1609) est l’une des plus précises, des plus « contraignantes » de tout le XVIIe siècle, elle laisse à l’interprète divers espaces de liberté : par exemple, si la liste exacte des instruments est prescrite, il n’est pas toujours indiqué à quel endroit ils doivent jouer. Alarcon semble avoir pris la minutie de Monteverdi pour une sorte de défi : comment imposer ma marque, semble-t-il s’être demandé, face à tant d’indications – et de prédécesseurs ? En ne jouant, si possible, aucune mesure comme elle est écrite et en ne laissant aucune trêve à l’oreille, rien à rêver ni à imaginer à l’auditeur. Que tout cela est bavard, appuyé, grossi, bariolé ! Passons sur les effets « d’orchestration » racoleurs – ces flûtes qui babillent dès le Prologue, où s’invitent déjà les trombones (pourtant réservés par le compositeur à l’univers infernal), trombones qui, bien sûr, reviennent empâter le chant de Pluton. Passons sur les « nuances » expressives, qui ressemblent plutôt à des grimaces, comme ces soudains rallentendi imposés aux chœurs (qui, inexplicablement, se divisent). Passons même sur le maniérisme consistant à enchainer, sans un silence, les deux premiers actes, histoire de bien faire comprendre qu’on continue à se réjouir frénétiquement. Mais on ne peut passer sur le parasitage constant de la ligne mélodique (les si belles phrases d’Eurydice et de Proserpine, morcelées par les incessantes diminutions du continuo) ni sur la neutralisation des motifs (« Ma tu gentil cantor » se voit précédé de sa paraphrase instrumentale), ni, surtout, sur la presque totale disparition du recitar et l’affadissement de l’harmonie montéverdienne, dont les aspérités, à force d’être annoncées ou exagérées, perdent de leur force. Que dire de la distribution, totalement manipulée par un orchestre au brio extérieur ? Contaldo campe un Orphée au timbre chaud, bien assis dans le grave mais aux couleurs trop uniformes (et qui a bien du mal à animer un « Possente spirto » volontairement étiré par le chef), Quintans est mieux à sa place en Proserpine qu’en Espérance, la diction de Bridelli manque de mordant, Flores minaude, les basses ne marquent guère, tandis que le chœur, spatialement en retrait, semble souvent égaré. Notons qu’on n’échappe pas aux démons nasillards et que la notice intervertit les Bergers d’Alessandro Giangrande (ténor, ici, et non contre-ténor) et de Carlo Vistoli. Un « Orphée pour les nuls » assez horripilant…

Olivier Rouvière