Le Diable à Paris

Lattès

le 01/10/2021

par Louis Bilodeau

Marion Tassou (Marguerite), Sarah Laulan (Marthe Grivot), Julie Mossay (Paola de Walpurgis), Mathieu Dubroca (André), Denis Mignien (le diable), Paul-Alexandre Dubois (Fouladou), Céline Groussard (l'entremetteuse). Orchestre des Frivolités Parisiennes, dir. Dylan Corlay. (Théâtre de l'Athénée, 19 décembre 2020).
B Records LBM 033 (2 CD). Présentation et livret français et anglais. Distr. Outhere.

Né à Nice en 1886 et mort en déportation à Auschwitz en 1943, Marcel Lattès a composé de nombreuses musiques de films et aussi une dizaine d'opérettes ou comédies musicales, dont seul Arsène Lupin, banquier (Bouffes-Parisiens, 1930) lui permit de remporter un véritable succès. Écrit sur un livret de Robert de Flers, Francis de Croisset et Albert Willemetz, Le Diable à Paris fut pour sa part créé au Théâtre Marigny en 1927 avec notamment Raimu en Fouladou, Edmée Favart en Marguerite et la vedette de café-concert Dranem dans le rôle-titre. Un peu à l'instar du Petit Faust (1869) de Hervé, l'intrigue propose une « relecture » décapante du mythe de Faust qui commence ici dans la gare de Guéthary, au Pays basque. Cherchant à séduire Marguerite et sa tante Marthe, André et Fouladou appellent à l'aide Satan, qui leur accorde respectivement or et jeunesse en échange d'un séjour à Paris où il compte bien s'éclater afin d'oublier les affres de sa vie conjugale avec Proserpine. Dans la capitale, plusieurs rebondissements avec notamment la meneuse de revues Paola de Walpurgis conduisent à la réalisation des projets amoureux d'André et de Fouladou, tandis que le diable, n'étant plus de taille à berner l'homme moderne, doit se résigner à rentrer tristement aux enfers.

Pour cette intrigue passablement échevelée, Lattès a écrit une musique le plus souvent pimpante et d'une facture plutôt traditionnelle au premier acte, puis incluant par la suite des rythmes de blues, de swing et de jazz. Ne disposant que d'une partition chant-piano et d'un enregistrement de la RTF dirigé par Marcel Cariven en 1957, Jean-Yves Aizic a reconstitué avec beaucoup de soin l'orchestration originale, qui comprend entre autres un saxophone et une harpe. Sous la direction pétillante de Dylan Corlay, les trente-cinq membres de l'Orchestre des Frivolités Parisiennes s'encanaillent avec une évidente délectation, communiquant leur énergie débordante aux solistes, girls et boys. Si elle ne comprend aucune « grande » voix, la distribution s'avère en revanche tout à fait appropriée à ce type d'ouvrage, conçu pour des acteurs-chanteurs doués de polyvalence et non pour des vedettes d'opéra. C'est exactement ce que l'on retrouve dans ce disque, où se démarquent l'André plein de duplicité de Mathieu Dubroca, la Marguerite au caractère affirmé de Marion Tassou et le diable bon enfant de Denis Mignien. En l'absence des dialogues, remplacés par les interventions de la narratrice Céline Groussard, très bonne au demeurant, l'action semble toutefois encore plus enchevêtrée et ne permet pas aux interprètes de mettre vraiment en valeur leur vis comica. Cela dit, il faut saluer la parution de cet album qui permet de mieux connaître un compositeur tombé dans l'oubli et une œuvre représentative de l'entre-deux-guerres.

Louis Bilodeau