L'Orfeo

Monteverdi

le 09/07/2021

par Olivier Rouvière

Johan Linderoth (Orfeo), Kristina Hellgren (la Musica, Proserpina), Christine Nonbo Andersen (Euridice, Ninfa), Maria Forsström (la Messaggiera), Adam Riis (Apollo, Pastore), Steffen Bruun (Caronte), Carl Peter Eriksson (Plutone), Höör Barock, Ensemble Altapunta, dir. Fredrik Malmberg.
Bis 2519 (2 CD). 2019. 1h45. Notice en français. Distr. Outhere.

La réalisation de cet Orfeo a mobilisé trois différents groupes suédois de musique ancienne : l’Ensemble vocal Lundabarock (15 chanteurs, qui endossent les divers rôles ainsi que les chœurs), Höör Barock (quatorze instrumentistes jouant des cordes, bois et percussions) et l’Ensemble Altapunta (réunissant deux cornettistes cinq trombonistes et deux trompettistes). Tous font preuve d’un superbe sens musical, laissent percevoir un réel approfondissement de la partition, abordée avec émotion et théâtralité, un souci évident des sources et de l’identité de l’œuvre. Les protagonistes affichant d’ailleurs des voix plutôt bien construites et des personnalités attachantes, on ne trouvera dans cette entreprise qu’une seule faille, qui, hélas, en conditionne d’autres : l’absence de tout chanteur italien ou, pour le moins, de langue et culture latine. Pourtant, pas moins de quatre coachs italiens ont été mobilisés sur le projet – ce dont témoigne l’élocution quasi-parfaite des intervenants. Mais élocution ne veut pas dire prononciation et, encore moins, chant. On se rend vite compte que la plupart des interprètes, outre qu’ils ne savent pas discriminer les voyelles ouvertes des voyelles fermées, ni les consonnes dures des consonnes douces, répugnent surtout aux liaisons comme aux élisions. On entendra par exemple Kristina Hellgren chanter le vers (de Proserpine) « Un-Altro-Amore » en séparant chaque mot, à l’allemande. On comprend dès lors les dommages qu’une telle propension peut causer au legato, à la ligne, au phrasé et, même, au mouvement montéverdiens. C’est surtout le rôle d’Orphée, chanté par un ténor agile mais appliqué, qui en pâtit : ce staccato qu’il ne parvient à dominer neutralise le lyrisme de « Rosa del ciel » comme la tension de « Possente spirto », et l’accentuation systématique de chaque syllabe rend monotone « Questi campi di Tracia ». Les autres se tirent mieux de l’écueil, particulièrement les dames : on remarque notamment la Messagère et l’Espérance expressives de la mezzo Maria Forsström, à l’étonnant timbre de contre-ténor, et l’Eurydice tendrement embuée de Christine Nonbo Andersen. Abstraction faite du principal défaut relevé, le Berger d’Adam Riis et le Charon de Stefen Bruun sont eux aussi impressionnants. La direction de Fredrik Malmberg ne craint ni les accélérations mutines, ni les soudains assombrissements (très belle fin de l’Acte II), l’entrée des trombones au début de l’Acte III a rarement sonné si juste et celle des violes qui suit n’est pas moins belle. Reste qu’eu égard à la riche discographie de l’oeuvre, cet Orfeo boréal ne peut que faire figure d’outsider.


Olivier Rouvière