Alimelek

Meyerbeer

le 08/07/2021

par Didier van Moere

Jan Kobow (Alimelek), Lars Woldt (le Calife), Britta Stallmeister (Irene), Timothy Oliver (Giafar), Giuseppe Pennini (Ibrahim), Alexander Koller (Un serviteur d’Alimelek), Peter Goldner (le Chef des gardes). Chœur de chambre d’Europe, Wüttembergische Philharmonie Reutilgen, dir. Ola Rudner (live 9-10 octobre 2010, Bad Urach, Festhalle).
Sterling. 2 CD. Présentation et livret bilingues (all., angl.). Distr. Outhere.

L’histoire provient l’Histoire du dormeur éveillé, un des contes des Mille et une nuits, où Abu Hassan prend un moment la place du calife Hâroun ar-Râchid. C’était le sujet d’un Singspiel de Weber. Chez le jeune Meyerbeer, Abu Hassan devient Alimelek et le librettiste a greffé une intrigue amoureuse : Irène, la nièce du calife, le préfère au prince qu’il lui destine. Il l’a sauvée d’un naufrage, la cache chez lui et ils fileraient le parfait amour si le calife déguisé, quand il s’introduit chez lui, ne la reconnaissait. Les jeunes gens sont emprisonnés, mais seront pardonnés.
L’oeuvre, où les dialogues alternent avec des numéros chantés dans l’esprit du Singspiel, est créée sans succès en 1813 à Stuttgart. Sa version révisée n’est pas mieux accueillie par la Vienne du Congrès en 1814. Il faudra attendre que Weber la dirige à Prague en 1815 pour qu’elle soit enfin appréciée. La musique de Meyerbeer, justement, paraît très proche de Weber : tous deux n’avaient-ils pas été, en même temps, élèves de l’abbé Vogler ? Il montre en tout cas un grand savoir-faire, avec une maîtrise des combinaisons de timbres, non sans quelques discrètes pointes de cet exotisme qui pimentait déjà le sérail mozartien, et le plus ambitieux final du premier acte révèle un sens du théâtre, annonçant peut-être, de loin, les ensembles des opéras historiques.
En octobre 2010, un concert du festival de Bad Urach associait pertinemment Alimelek et Abu Hassan. Le disque, lui, n’a retenu que l’opéra de Meyerbeer, jamais enregistré contrairement à celui de Weber. On le regrette : le parallèle eût été passionnant. Ola Rudner s’avère solide, mais il faudrait ici, pour coller à la musique, davantage de fraîcheur et de verdeur. Vocalement, la distribution vaut plus par l’Alimelek stylé de Jan Kobow et le Calife impérieux de Lars Woldt que par l’Irene de Britta Stallmeister, aux aigus trop astringents. On ne criera pas au chef-d’œuvre, mais il est intéressant de voir d’où est parti le compositeur de Robert le diable.  


Didier van Moere