Leonore

Beethoven

le 08/07/2021

par Louis Bilodeau

Gwyneth Jones (Leonore), James King (Florestan), Theo Adam (Don Pizzarro), Gerd Nienstedt (Rocco), Rotraud Hansmann (Marzelline), Werner Hollweg (Jaquino), Eberhard Waechter (Don Fernando). Orchestre symphonique et chœur de la Radio de Vienne, chœur de la Gesellschaft der Musikfreunde, dir. Carl Melles (Musikverein, 14 décembre 1970).
Orfeo C200052 (2 CD). Présentation et livret en allemand et en anglais. Distr. DistrArt Musique.


Six mois après avoir chanté Fidelio sous la direction de Leonard Bernstein au Theater an der Wien, Gwyneth Jones, James King et Theo Adam reprenaient leurs rôles respectifs en décembre 1970 dans une version de concert de Leonore donnée sous les ors du Musikverein de Vienne. Le chef n'était alors malheureusement pas Bernstein, mais l'obscur Carl Melles (1926-2004), dont le principal titre de gloire consiste à avoir dirigé Tannhäuser à Bayreuth en 1966. Sous sa battue trop souvent lourde et d'une lenteur désespérante, le drame manque singulièrement de passion et ce ne sont pas quelques trop rares moments animés qui peuvent racheter une direction aussi terne. En plus de la déplorable absence des dialogues, il faut ajouter que la prise de son mate laisse à désirer, avec notamment des trompettes beaucoup trop près des micros dans la scène finale. C'est grand dommage, car outre des chœurs très honorables, cette version réunit une distribution prestigieuse que l'on a plaisir à entendre dans la mouture de 1805. Un peu éprouvée par l'écriture atrocement difficile de son grand air qu'elle aborde avec prudence, Gwyneth Jones n'en demeure pas moins une Leonore ardente, d'une détermination farouche et d'une belle sensualité. Sa voix puissante et au vibrato assez large peine parfois à se fondre dans les ensembles, mais son portrait d'épouse héroïque demeure saisissant. Très en voix, James King campe un Florestan d'une sobriété touchante, puis enfiévré par l'exaltation amoureuse. Theo Adam traduit bien la hargne et les desseins meurtriers de Pizzarro dans sa diction mordante et grâce à sa riche voix de baryton-basse. Un peu limité dans le grave, Gerd Nienstedt campe néanmoins un Rocco débonnaire offrant un contraste intéressant avec le cruel gouverneur de la prison. Si la Marzelline de Rotraud Hansmann peut a priori sembler bien légère, elle chante à ravir et la candeur extrême qu'elle dégage permet de rendre plus crédible son amour pour le faux et trop séduisant jeune homme qui a su l'émouvoir. Werner Hollweg est impeccable de style et de fraîcheur en Jaquino, tandis que Eberhard Waechter, avec ses chaudes couleurs ambrées, confère une élégance suprême à Don Fernando. Pour (re)découvrir Leonore, les deux meilleurs choix demeurent les enregistrements de John Eliot Gardiner (Archiv, 1996) et de René Jacobs (Harmonia mundi, 2017).

Louis Bilodeau