Don Giovanni

Mozart

le 01/07/2021

par Louis Bilodeau

Andrè Schuen (Don Giovanni), Christine Schäfer (Donna Anna), Maite Beaumont (Donna Elvira), Mauro Peter (Don Ottavio), Ruben Drole (Leporello), Mari Eriksmoen (Zerlina), Mika Kares (le Commandeur/Masetto). Concentus Musicus de Vienne et Chœur Arnold Schoenberg, dir. Nikolaus Harnoncourt. Mise en espace : Felix Breisach (Theater an der Wien, mars 2014).
Unitel 803908 (2 DVD). Distr. Harmonia Mundi.
Bonus : Documentaire « Nikolaus Harnoncourt – Between Obsession and Perfection. Part 2: Don Giovanni » (52 min.) Notes et synopsis en français ; sous-titres en français.

En mars 2014, soit un peu plus d'un an avant de mettre un terme à sa carrière pour raisons de santé, Nikolaus Harnoncourt dirigeait rien de moins que la trilogie Mozart-Da Ponte au Theater an der Wien, dans une mise en espace rudimentaire de Felix Breisach. D'une vigueur encore stupéfiante pour ses 84 ans bien sonnés, le chef nous propose ici un Don Giovanni riche en contrastes, en plaisirs... et en frustrations. Si l'on admire la splendeur et la souplesse du Concentus Musicus, capable de répondre aux moindres intentions de son fondateur, on s'étonne des nombreux et brusques changements d'accentuations ou de tempos qui nuisent trop souvent à la continuité du discours musical. Acceptable dans les récitatifs, cette option s'avère nettement plus problématique dans les airs et ensembles, où à force de vouloir faire un sort à chaque mesure, Harnoncourt peut finir par lasser.

Du côté des chanteurs, le bonheur est en revanche presque complet, à commencer par le Don Ottavio impérial du ténor suisse Mauro Peter. À un timbre d'une belle rondeur, il joint une exceptionnelle longueur de souffle et un art des nuances qui font de ses deux airs de véritables moments de grâce. Presque sur les mêmes cimes, Maite Beaumont est une Elvira volontaire au chant sensuel, tandis que Mari Eriksmoen campe une Zerlina irrésistible de candeur et de charme. Sans doute en accord avec la vision du chef, Andrè Schuen propose un séducteur plutôt distant, qui, malgré la somptuosité de sa voix, ne marque guère les esprits. Se cantonnant lui aussi dans un registre trop uniformément retenu, le Leporello de Ruben Drole possède des moyens impressionnants, mais manque de vis comica. Donna Anna au format relativement modeste, Christine Schäfer compense un grave insuffisant par un aigu solide et un phrasé souverain. De même qu'à la création en 1787, le Commandeur et Masetto sont chantés par le même interprète, Mika Kares, dont les couleurs sombres se prêtent aussi bien aux longues phrases menaçantes du premier qu'aux inflexions plus plébéiennes du second. En guise de complément, le généreux documentaire nous permet d'assister à plusieurs étapes des répétitions, en particulier dans la maison d'Harnoncourt, où le maître nous instruit sur sa conception de l'œuvre et se dévoile sous un jour particulièrement attachant.

Louis Bilodeau