La Bohème

Puccini

le 25/06/2021

par Jean Cabourg

Sonya Yoncheva (Mimì), Charles Castronovo (Rodolfo), Andrzej Filończyk (Marcello), Simona Mihai (Musetta), Gyula Nagy (Schaunard), Peter Kellner (Colline) ; Royal Opera House Covent Garden Orchestra , dir Emmanuel Villaume. Mise en scène, Richard Jones. Réalisation Jonathan Haswell. Sur le vif avril 2021.
Opus Arte  OABD7287D  (1 DVD). Distr. DistrArt Musique.

Exit la production de John Copley, Covent Garden n’a d’yeux depuis 2017 que pour celle de Richard Jones ici captée par Opus Arte. Dès la séquence d’ouverture un certain parti-pris misérabiliste du maître d’œuvre s’affiche dans le décor squelettique de la mansarde, où s’agitent comme de pauvres diables des bohémiens plus hagards et bruyants que de nature. Les scènes ultimes et notamment celle de la Barrière d’enfer, dénoteront une déréliction plus glaçante encore, au propre comme au figuré. A contrario, mais avec le même excès superlatif, le deuxième tableau explosait de luxe tapageur, de couleurs bigarrées et de truculence, sur fond de café Momus, trop emblématique de la bourgeoisie louis-philipparde pour accueillir cette jeunesse sans le sou et loqueteuse. La  direction d’acteurs épouse ce naturalisme avec une certaine efficacité, au meilleur dans la scène de la clé perdue, distillant un piquant érotisme ludique. Au pupitre on aura noté l’extrême fébrilité avec laquelle Emmanuel Vuillaume fouette ses troupes, tant pour exacerber leurs assauts de pauvres exploités qu’avec le désir de faire mousser l’excitation des admirateurs de Musette. Le chef en rajoutera en revanche dans la commisération et la morbidezza envers une Mimi objet de tous ses soins musicaux. A ce stade le lecteur serait tenté d’imaginer que nous rendons compte de la Bohème de Leoncavallo. Ce que nous inspirent les interprètes réunis autour de ladite Mimi est de nature à alimenter ce soupçon !

Pour faire court, rappelons que l’opéra vériste susnommé distribuait en Marcello un ténor et en Rodolfo un baryton. Le doute s’installe d’emblée lorsque au chant tutta forza de Marcello, ici confié au baryton Andrzej  Filonczyk, répond celui  d’un Charles Castronovo au timbre …..barytonal et un rien forzato ! Ni l’un ni l’autre ne démérite mais le manque de métal de ce ténor à l’aigu offusqué prive cette version d’un atout majeur. Schaunard et Colline sont ad hoc, le dernier, nouveau venu de 30 printemps s’avère être moins basse que baryton (sic).  Simona Mihai campe une Musette tour à tour affriolante ou compatissante, dardant ses aigus comme autant de coquines invitations, sans déroger aux poncifs habituels, sous les yeux d’une Sonya Yoncheva qui offre le meilleur d’elle-même tout au long de la soirée, contrairement aux aléas de sa Mimi parisienne de 2017. Timbre moiré, phrasé caressant ou étreignant sans pathos, aigu voluptueux quoique parfois d’une justesse asymptotique. Au total ce DVD vaut surtout pour elle, sans effacer le souvenir de la production Copley de 1982 avec Ileana Cotrubas.

 

Jean Cabourg