Flis (Le Batelier)

Moniuszko

le 26/04/2021

par Didier van Moere

Ewa Tracz (Zosia), Matheus Pompeu (Franek), Mariusz Godlewski (Jakub), Aleksander Teliga (Antoni), Wojtek Gierlach (Szóstak), Paweł Cichoński (Feliks). Chœur de l’Opéra et de la Philharmonie de Podlachie, Europa Galante, dir. Fabio Biondi (enr. 14-16 août 2019, Opéra de Varsovie).

Institut Chopin NIFCCD086. Distr. Socadisc. Présentation et livret bilingues (pol., angl.).

 

Après Halka en italien, Fabio Biondi jette son dévolu sur le méconnu Batelier, dans le cadre du festival « Chopin et son Europe » en 2019, année du centenaire de la naissance de Moniuszko. Un petit chef-d’œuvre, même s’il n’a pas nullement la puissance des deux opéras grâce auxquels le compositeur devint célèbre – Halka et Le Manoir hanté. Il est vrai que cette histoire de batelier de la Vistule dont la bien-aimée est promise à un coiffeur connu de Varsovie… qui s’avérera être son frère, pèse peu dramatiquement. Mais le musique séduit aussitôt, notamment les pages chorales, prière ou chœur des bateliers. En  1858, Moniusko créa  lui-même l’œuvre à l’Opéra de Varsovie, dont, tout auréolé du succès de Halka, il venait d’être nommé directeur. L’ouverture révèle d’emblée une lecture fouillée, poétique et vive. La suite confirmera la première impression, même si l’on peut aimer cordes moins sèches et théâtralité plus affirmée. La distribution ne se situe pas au même niveau d’homogénéité que l’orchestre et le chœur. Ewa Tracz assure en Zosia mais manque de charme,  pas toujours impeccable dans l’aigu. Si le batelier de Matheus Pompeu montre de la vaillance, il accuse une certaine raideur de l’émission. Les clés de fa sont brutes de décoffrage, Antoni d’Aleksander Teliga, ou surtout Szóstak de Wojtek Gierlach, qui devrait avoir les souplesses d’une basse buffa. Si bien que domine le superbe Jakub de Mariusz Godlewski, séducteur de classe, par le timbre et le chant, plus que coiffeur ridicule. Quoi qu’il en soit, ce live a beau nous proposer le premier Batelier sur instruments d’époque, il n’en souffre pas moins de la comparaison avec la version de Zdisław Górzyński récemment rééditée, où tout le monde restituait idéalement la subtilité de la partition.

 

Didier van Moere