L'Ormindo

Cavalli

le 29/03/2021

par Olivier Rouvière

John Wakefield (Ormindo), Peter-Christoph Runge (Amida), Isabel Garcisanz (Nerillo), Hanneke van Bork (Sicle), Jean Allister (Melide), Hugues Cuénod (Erice), Anne Howells (Erisbe), Jane Berbié (Mirinda), Federico Davia (Ariadeno), Richard Van Allan (Osmano), London Philharmonic Orchestra, dir. Raymond Leppard (1968).
Decca Eloquence 482 9382 (2 CD). 2h14’. Notice en anglais. Distr. Socadisc.


Chef discutable, Raymond Leppard, disparu en 2019, était aussi un curieux, un chercheur passionné, aux intuitions duquel nos actuels baroqueux doivent peut-être davantage qu’ils ne sont portés à l’admettre. Si les enregistrements de Leppard ont incontestablement vieilli, ils ont ouvert des voies – par exemple, ses Haendel en compagnie de Janet Baker (Ariodante, Samson et, surtout, la cantate Lucrezia) ne méritent pas d’être mis au rebut. Dès la fin des années 60, Leppard s’attache à mieux faire connaître Monteverdi et à « ressusciter » son disciple Cavalli, avec des bonheurs divers : en témoignent deux enregistrements de studio réalisés par Decca, dans la foulée de représentations à Glyndebourne, en 1968 et 1971. Le second, La Calisto, reste une référence, en dépit de son esthétique datée : la formidable distribution (Baker, Cotrubas, Bowman, Cuénod, Trama !) et l’atmosphère onirique créée par Leppard continuent à nous enchanter un demi-siècle après.

Le premier, cet Ormindo (1644), s’avère, avec le recul, plutôt raté. Certes, l’ouvrage est moins inspiré, moins facile à cerner ; certes, les solistes ici retenus ne possèdent pas l’aura de leurs successeurs : si Hugues Cuénod fait preuve d’un chic inimitable en duègne jouant les sorcières, et si Isabel Garcisanz campe un page plein d’impertinence, les protagonistes restent bien pâles. En outre, les interventions commises par Leppard sur la partition se révèlent plus importantes et plus déterminantes que dans le cas de La Calisto : passons sur les coupures, nombreuses (tout le prologue, notamment), la restructuration en deux actes (au lieu de trois), mais protestons vigoureusement contre les transpositions (Ormindo passe d’alto à ténor, son rival et ami Amida de ténor à baryton) et, surtout, contre une « orchestration » kitsch et pesante, une direction à la fois pompeuse et molle. Pour le tandem Cavalli/Leppard, tenons-nous en donc à La Calisto ; et pour ce qui est d’Ormindo, préférons la (presque) intégrale des Paladins (Pan Classics, 2006).


Olivier Rouvière