Il tabarro

Puccini

le 16/03/2021

par Jean Cabourg

Melody Moore (Giorgetta), Lester Lynch (Michele), Brian Jagde (Luigi), Khanyiso Gwenxane (Le Vendeur de chansons), Roxana Constantinescu (La Frugola), Simeon Esper (Tinca), Martin-Jan Nijhof (Talpa), Joanne Marie D’Mello et Yongkeun Kim (Les Deux Amoureux), Dresdner Philharmonie, MDR Leipzig Radio Choir, dir. Marek Janowski (2020).
Pentatone PTC 5186 773. Notice bilingue (ang./all.) et livret trilingue (it./ang./all.). Distr. Pentatone.


Cet opéra en un acte aurait dû être créé sous la férule de Toscanini en pleine guerre de 1914, laquelle contraria ce projet finalement concrétisé en 1918 au Metropolitan Opera de New York, sans le maestrissime. Il tabarro constituait le premier volet du Triptyque puccinien, en amont de Suor Angelica et Gianni Schicchi. En fait, l’exigeant Arturo avait jugé a priori outrancier le sujet de ce mélodrame sanglant, étiqueté par Puccini lui-même comme « complètement  Grand-Guignol ». Vériste, le livret d’Adami tiré d’une pièce du très éclectique Didier Gold l’est à l’évidence. Ce qui ne signifie pas que le musicien l’ait traité selon les canons de l’opéra dit vériste. En suprême coloriste, Puccini décline trois tableaux harmoniques et expressifs au fil de sa narration musicale. Les premiers moments sont, par leur impressionnisme instrumental et harmonique, évocateurs des bords de Seine crépusculaires où s’est immobilisée la péniche, lieu géométrique des passions sordides. Les chants et bruits divers qui animent bientôt ce tableau de genre relèvent, eux, d’un style populaire bigarré. L’heure étant venue du meurtre de l’infidèle par le mari jaloux qui exhibera le cadavre de la victime, serré dans sa houppelande, (ce « tabarro » éponyme de l’ouvrage), le lyrisme torride se double d’influx expressionnistes.

Ce kaléidoscope instrumental est restitué de manière optimale par Janowski, son orchestre profus mais divers et ses chœurs. Comme récemment avec la Cavalleria rusticana donnée lors du même concert et avec un plateau vocal identique, l’étiage vocal de cette Houppelande est loin d’égaler celui de sa valeureuse direction. Michele convient certes mieux au baryton Lester Lynch que son Alfio rustaud, d’autant que le compositeur privilégie ici le continuum discursif sur les soli vocaux, mais les influx paroxystiques de ce Michele demeurent assez convenus. Brian Jagde braillait hier en Turiddu comme cette fois en Luigi, improbable séducteur d’une Melody Moore elle-même un rien frustrante, vite à découvert en ces pages jadis illuminées par l’incomparable aura d’une Claudia Muzio, créatrice de Giorgetta. Les aigus déchirés, plus que déchirants, de la Frugola incarnée par la mezzo Roxana Constantinescu n’arrangent rien. En somme, le revers de la médaille orchestrale ne vaut pas son avers.


Jean Cabourg