Argippo

Vivaldi

le 11/01/2021

par Olivier Rouvière

Emöke Baráth (Argippo), Marie Lys (Osira), Delphine Galou (Zanaida), Marianna Pizzolato (Silvero), Luigi de Donato (Tisifaro), Europa galante, dir. Fabio Biondi (2020).
Naïve OP 7079 (2 CD). Notice en français. Distr. Sequenza Com-Prod.

À la faveur de la nuit, Silvero a abusé de Zanaida, la fille du Grand Moghol Tisifaro, en se faisant passer pour un roi vassal, Argippo. Lorsque Argippo arrive à la cour du Moghol, accompagné de sa nouvelle épouse, Osira, Zanaida révèle à son père l'attentat dont elle a été victime : Tisifaro fait arrêter Argippo, puis lui ordonne de tuer Osira. Concis et efficace, le livret de Lalli ne s'embarrasse pas de figures secondaires (l'opéra ne requiert que cinq interprètes, au lieu des six habituellement réclamés par le genre du melodramma), mais, dans sa version vivaldienne, les airs y semblent mal répartis (le rôle de loin le plus passif, celui d'Osira, s'arroge 6 airs, quand son époux n'en a que 3). Cela dit, la partition autographe de cet Argippo créé à Vienne en 1730 ayant disparu, les interprètes modernes en sont réduits aux conjectures, et à recomposer l'ouvrage à partir d'un recueil d'airs conservé à Ratisbonne et d'un Argippo-pasticcio anonyme conservé à Darmstadt. En 2008, le chef tchèque Ondřej Macek proposa et enregistra (chez Dynamic) une première mouture de l'ouvrage – pas inoubliable. Celle de Biondi, basée sur la réalisation du musicologue Bernardo Ticci, la fait sans peine oublier, mais échoue à nous convaincre qu'Argippo est un chef-d'œuvre. Quelques points restent d'ailleurs obscurs : qui a écrit les beaux récits accompagnés en forme de « scène de folie » (de Zanaida) à l'acte I ? Des 19 airs retenus, sept ou huit sont attribués à Vivaldi ; les autres sont signés Galeazzi, Pescetti, Hasse, Porpora, Vinci et Fiorè – et beaucoup relèvent d'un genre galant passe-partout qui rend l'acte II, par exemple, plutôt répétitif. D'autant que l'orchestration se limite ici aux cordes...

La direction intellectuelle et parfois distante de Biondi fait alterner moments forts (le chœur final, d'une funèbre beauté) et d'autres dont le chef semble s'absenter (la fin de l'acte I, bien pâle). Le drame ne « prend » guère – sauf lorsque interviennent les deux héroïnes. Ce sont elles qui dominent la distribution : on peut ne pas être charmé par le timbre très mat (et de plus en plus clair) de Galou, mais la chanteuse, par ailleurs excellente musicienne comme le prouvent ses variations, empoigne à bras-le-corps son rôle de femme frôlant l'hystérie ; en Osira, Lys se montre plus remarquable encore, multipliant couleurs et nuances, notamment dans le « Bell'idolo amato » de Porpora. Les autres interprètes déçoivent : confrontée à une tessiture aiguë et à une partie vocalisante qui lui conviennent peu, Baráth, tendue, abuse des sons poussés ; de Donato, voix et grave toujours splendides, paraît s'ennuyer dans un rôle pourtant dramatique et le chant de Pizzolato reste bien prosaïque. Un bon apport à la discographie plutôt qu'une révélation.


Olivier Rouvière