Der Prinz von Homburg

Henze

le 02/12/2020

par Pierre Rigaudière

Štefan Margita (Friedrich Wilhelm, prince-électeur de Brandebourg), Helene Schneiderman (La Princesse-Électrice), Vera-Lotte Böcker (La princesse Natalie von Oranien), Robin Adams (Le prince de Homburg), Michael Ebbecke (Le maréchal Dörfling), Friedemann Röhlig (Le colonel Kottwitz), Moritz Kallenberg (Le comte Hohenzollern), Staatsorchester Stuttgart, dir. Cornelius Meister (live, Stuttgart, mars 2019).
Capriccio C5405 (2 CD). Notice en anglais et allemand, livret en allemand. Distr. Outhere.


Le musicien trentenaire qui compose Der Prinz von Homburg (1960, révision en 1991) jouit déjà d’une large notoriété, acquise justement sur le terrain de l’opéra. S’il a déjà pris ses distances avec un sérialisme orthodoxe, Hans Werner Henze est encore sous l’influence manifeste – et plus patente encore que celle de Stravinsky – d’un expressionnisme dodécaphonique déterminant pour les parties vocales : outre la préférence donnée aux textures polyphoniques denses impliquant volontiers un nombre important de personnages, il privilégie les lignes mélodiques abruptes.

Si on y gagne une indéniable tension dramaturgique, celle-ci peut par moments donner l’impression de se retourner contre la fluidité de la musique. L’effet de ces rôles musicalement ardus et physiquement éprouvants se manifeste notamment chez le ténor Štefan Margita par un vibrato aussi tendu qu’excessif, et campant un Prince-Électeur trop sur la défensive. De même, chez la Princesse-Électrice de Helene Schneiderman, l’assise propre à la voix de mezzo-soprano souffre de la rigidité d’un vibrato forcé. Michael Ebbecke, pourtant moins exposé par un rôle secondaire, noie quant à lui les notes tenues dans un trémolo envahissant. On pointe ici les effets d’un orchestre dont le tranchant stravinskien, agrémenté d’un zeste de swing lorsqu’intervient le piano, est très efficace dans les intermèdes instrumentaux mais pousse trop souvent les chanteurs, avec force tutti, fanfares de cuivres et percussions, dans leurs retranchements.

Fort heureusement, les rôles clés conservent dans ce même contexte une souplesse vocale qui garantit plus de naturel à leurs personnages. Cela profite en premier lieu au rôle-titre, dont le baryton Robin Adams incarne aussi bien l’élan guerrier que la nature somnambule inscrite dans la pièce de Heinrich von Kleist et exaltée par la librettiste Ingeborg Bachmann et le compositeur en un « éloge du rêveur ». Fidèle ami d’un prince à la fois héros et coupable, le comte Hohenzollern se voit doté par Moritz Kallenberg d’une présence rayonnante, l’agilité du ténor s’enrichissant dans le grave d’une consistance de baryton. Last but not least, la princesse Natalie trouve pour défendre son fiancé Hombourg un pouvoir de conviction et une force de tempérament qu’assume souverainement Vera-Lotte Böcker.

Cornelius Meister et le Staatsorchester de Stuttgart font beaucoup pour l’homogénéité d’une musique orchestrale qui s’inspire autant du Berg de Wozzeck que du Stravinsky néoclassique, et passe sans préavis des sonneries de trompettes et percussions martiales à des textures chambristes. Jalonnée de moments captivants, la traversée de ces deux heures de musique laisse pourtant une impression de trop-plein.


Pierre Rigaudière