Nikola Šubić Zrinjski

Ivan Zajc

le 05/11/2020

par Olivier Rouvière

Robert Kolar (Nikola Šubić Zrinjski), Kristina Kolar (Eva), Anamarija Knego (Jelena), Aljaž Farasin (Lovro Juranić), Luka Ortar (Suleiman), Giorgio Surian Jr. (Mehmed Sokolović), Dario Bercich (Levi), Rijeka Symphony Orchestra, Rijeka Opera Choir, dir. Ville Matvejeff (live, Zagreb 2018).
CPO 555 335-2 (2 CD). 1h51. Notice en anglais. Distr. DistrArt Musique.

Figure majeure de la musique croate, Ivan Zajc (1832-1914) fit ses études au conservatoire de Milan – où il eut pour condisciples Arrigo Boito et Amilcare Ponchielli –, débuta sa prometteuse carrière en Italie, la poursuivit avec succès à Vienne (où il donna nombre d'opérettes), avant de retourner à Zagreb, où il cumula les emplois de compositeur, chef d'orchestre et directeur de l'Opéra national. Auteur prolifique, il légua à la postérité un millier d'opus, parmi lesquels 37 opéras – dont une Somnambula (1868) et le présent Nikola Šubić Zrinjski (1876). Ce dernier est un ouvrage patriotique, contant la résistance acharnée du gouverneur de la forteresse hongroise de Sziget face à l'énorme armée turque conduite par Soliman le Magnifique, en 1566. Conclu par une charge héroïque, ce combat inégal se termina par la totale destruction de la garnison, mais Soliman étant aussi décédé (de mort naturelle), la progression des Ottomans vers Vienne fut stoppée.

Comme beaucoup d'opéras du même ordre – on pense au Siège de Corinthe de Rossini, mais aussi à La battaglia di Legnano de Verdi, aux Brandebourgeois en Bohême et à Libuse de Smetana –, le livret peine à faire exister ses personnages archétypaux et se perd dans une succession de tableaux belliqueux, qui inspirent à Zajc une musique d'un inévitable pompiérisme (par exemple, l'hymne final, devenu un tube national). Pour le reste, la partition, innervée de nombreux motifs récurrents faciles à mémoriser, évoquant tantôt Schubert (l'ouverture), tantôt l'école tchèque, tantôt le jeune Verdi, s'avère fort séduisante, particulièrement dans les scènes familiales : relevés par une orchestration limpide et colorée, le trio avec chœur au centre de l'acte I, l'aria de Zrinjski à l'acte II ou le sommeil de sa fille Jelena à l'acte III comptent parmi les moments les plus réussis de l'œuvre.

Enregistrée sur le vif avec quelques coupures (dont celle du ballet), elle est défendue avec beaucoup de conviction par des voix souvent superbes, des ensembles parfaitement idiomatiques et un chef qui sait en flatter la poésie. Certes, au début, le respect de la mesure paraît brider les chanteurs, certes Luka Ortar ne possède pas les graves caverneux réclamés par Soliman, le ténor Giorgio Surian Jr. apparaît bien instable et les « fées » du rêve de Jelena se montrent plutôt véhémentes. Mais le baryton sombre et lyrique de Robert Kolar et, plus encore, le soprano sain, fruité et musical d'Anamarija Knego balaient toutes réserves : épaulés par une ardente mezzo (Kristina Kolar) et par un ténor vaillant bien qu'un peu serré (Aljaž Farasin), ils nous valent des moments d'intense lyrisme. Une jolie découverte.

Olivier Rouvière