Andrea Chénier

Giordano

le 01/09/2020

par Jean Cabourg

Giuseppe Giacomini (Chénier), Giorgio Zancanaro (Gérard), Ghena Dimitrova (Maddalena), Tiziana Tramonti (Bersi), Laura Bocca (La Contessa), Eleonora Jankovic (Madelon), Alfredo Zanazzo (Roucher), Carmelo Caruso (Fléville), Giovanni Antonini (Fouquier Tinville), Marco Chingari (Mathieu), Oslavio Di Credico (Un incredibile), Pio Bonfanti (L’abate), Ledo Freschi (Schmidt), Dario Zerial (Il maestro di casa), Enrico Fibrini (Dumas). Orchestre et chœurs du Teatro Comunale de Gênes, dir. Paolo Olmi (live, mai 1991).
Bongiovanni GB 2572-73 (2 CD). Notice en italien et anglais, livret en italien. Distr. DOM.



Bongiovanni possède le quasi-apanage de redonner vie à certaines captations lyriques sur le vif, d’un passé proche ou lointain, souvent dignes d’être considérées comme anthologiques. Le présent coffret n’échappe pas à la règle, même si a posteriori certaines faiblesses y côtoient le meilleur, voire l’exceptionnel. La soirée du Politeama génois, consacrée à l’opéra révolutionnaire de Giordano, est en tout cas scandée par d’interminables ovations, à l’endroit notamment des protagonistes masculins.

Giacomini soulève ainsi l’enthousiasme de la salle à chacun de ses numéros de bravoure. Son modèle est à l’évidence le Chénier de Del Monaco qui en 1955 faisait chavirer le public de la Scala par sa démonstration de punch vocal. Comme son aîné, le ténor soigne moins le profil sensuel et lyrique de son héros que la projection et les points d’orgue du lirico-spinto en quête de bravi. Son Improvviso initial de fervent libertaire, touché par la grâce de l’amour, emporte néanmoins l’adhésion par la plénitude du timbre, sinon par les nuances que savait y suggérer le meilleur Corelli. La suite confirmera cette assurance conquérante, « Si, fui soldato » avec une moindre justesse, « Come un bel dí » s’allégeant opportunément. Le duo final risque de décevoir par le manque de fluidité de la syntaxe expressive. Il pâtit surtout de l’inadéquation de Ghena Dimitrova au rôle de Maddalena, dont elle ne possède ni la pertinence des mots, ni la tenue musicale, à des années-lumière d’une Callas ou mieux d’une Scotto, élevées dans le moule romantique. Même son « La mamma morta », digne et intériorisé, distille un relatif ennui, en dépit d’élans somme toute mal contrôlés. Aux antipodes, le Gérard campé par Zancanaro confirme l’excellence de sa gravure de 1986 sous la baguette de Patané. Le valet contempteur de l’aristocratie poudrée mais amoureux fou de cette Maddalena de Coigny, au point de dénoncer Chénier, son rival, avant d’intercéder vainement en sa faveur, ce héros clé de l’opéra est ici parfaitement incarné. Voix d’emblée claire, incisive, suprêmement tenue et malléable, la baryton, verdien jusque dans la pondération de son vérisme, demeure insurpassé. Le seul « Nemico della patria » subsume ces superlatifs. On ne saurait en dire autant d’un orchestre sans grand relief sous la direction du très professionnel Olmi, ni des chœurs, comme tenus en lisière. Le reste du plateau joue le jeu du vérisme au premier degré dont le comprimario Pio Bonfanti, en abbé de cour, se délecte et nous réjouit.

Au total, une soirée enflammée qui est tout sauf ordinaire.


Jean Cabourg