Peter Schmoll

Weber

le 01/09/2020

par Jules Cavalié

Paul Armin Edelmann (Peter Schmoll), Ilona Revolskaya (Minette), Christoph Seidl (Hans Bast), Johannes Bamberger (Niklas), Sebastian Kohlhepp (Karl Pirkner), Thorsten Grümbel (Martin Schmoll), ORF Vienna Radio Symphony Orchestra, dir. Roberto Paternostro (live 22-23 janvier 2019)
Capriccio C5376. (1CD). Notice et synopsis en anglais et en allemand. Distr. Outhere.

 

Né en 1786, Carl Maria von Weber a grandi au rythme des tournées de la compagnie théâtrale de son père, et des restrictions de voyages imposées par les guerres révolutionnaires qui embrasent l’Europe dans les années 1790. C’est ainsi qu’en 1797 la famille Weber demeure plusieurs mois à Salzbourg où le compositeur prend des leçons auprès de Michael Haydn. Sous sa férule il y publie ses premières compositions. Peter Schmoll und seine Nachbarn (Peter Schmoll et ses voisins) est le fruit d’un second moment d’étude auprès du compositeur de la cour du prince-archévêque de Salzbourg. Le maître, fier du travail de son élève, aurait déclaré que l’opéra était « composé selon les vraies règles du contrepoint, avec feu et délicatesse, et en cohérence avec le texte ». En effet, ce Singspiel de vingt numéros musicaux, dont les dialogues parlés sont perdus, atteste de la parfaite assimilation du langage musical de son époque par le jeune compositeur, notamment l’ensemble final de l’œuvre pour ce qui est du contrepoint. On y décèle les qualités de mélodiste et d’orchestrateur qui ont fait la fortune de Weber dans ses opéras ultérieurs. Si le registre général est plutôt populaire, privilégiant des formes comme la romance et des accompagnements simples, on note le recours inventif aux contrechants instrumentaux qui viennent colorer le discours musical. Peter Schmoll donne ainsi un aperçu de « l’enfance de l’art » lyrique de Weber, où au mélodisme importé d’Italie répond l’influence des « musiques d’extérieur » pour vents et timbales, propres au monde germanique.

Grâce au texte des parties chantées, on comprend que Peter Schmoll fut une comédie ancrée dans les préoccupations de son époque. Minette, la nièce de Peter, attend le retour de son père (Martin), et de son fiancé (Karl), lancés sur les routes d’Europe par les campagnes napoléoniennes. Grâce à l’aide de Hans Bast et de Niklas, un domestique et un paysan, les deux fiancés sont réunis et déjouent les avances de Peter auprès de Minette. Le retour de Martin permet enfin de célébrer la noce des jeunes gens.

L’enregistrement de Peter Schmoll par l’orchestre symphonique de la radio viennoise et le Theater an der Wien appartient aux tentatives de résurrection louables mais dispensables. En effet, si les cordes de l’orchestre de la radio viennoise maintiennent leur énergie tout au long de l’enregistrement, les solos de bois manquent de vitalité et surtout cette partition juvénile souffre de la direction peu inspirée de Roberto Paternostro. Le plateau vocal est équilibré et s’acquitte de la partition sans difficulté ni éclat. Paul Armin Edelmann (Peter Schmoll), Thorsten Grümbel (Martin Schmoll), Christoph Seidl (Hans Bast) et Sebastian Kohlhepp (Karl Pirkner) partagent une même maîtrise stylistique de ce répertoire, seul le Niklas du ténor Johannes Bamberger semble un peu jeune. À leurs côtés Ilona Revolskaya (Minette) semble à l’étroit dans ce rôle sans doute trop léger pour ses moyens vocaux.


Jules Cavalié