Madame Butterfly

Puccini

le 01/09/2020

par Chantal Cazaux

Elmira Veda (Cio Cio San), Annamaria Popescu (Suzuki), Sally Wilson (Kate Pinkerton), Carlo Barricelli (F.B. Pinkerton), Luca Salsi (Sharpless), Emanuele Giannino (Goro), Manrico Signorini (Le Bonze), Giovanni Guagliardo (Le prince Yamadori, Le Commissaire impérial), Orchestre et Chœur du Festival Puccini, dir. Laurence Gilgore, mise en scène : Stefano Vizioli (Torre del Lago, juillet 2007).
DVD & BD Dynamic 55563. Notice et synopsis en angl. et ital. Distr. Outhere.


Nous parvient tardivement cette publication par Dynamic (2012) d’une Butterfly elle-même captée cinq ans en amont (2007). Était-elle nécessaire ?

Stefano Vizioli a mis pour la première fois Butterfly en scène à Bologne en 1986 – une production qui tourna beaucoup en Italie et passa par Montpellier en 2002 (ce fut le dernier opéra dirigé par Evgeny Svetlanov avant sa mort deux mois plus tard), visuellement marquée par le décor à trois niveaux d’Aldo Rossi. Pour le 53e Festival Puccini de Torre del Lago, il renouvelle l’expérience avec un autre scénographe, Ugo Nespolo. Les moyens s’avouent plus réduits, concentrés en une tournette-podium. L’option est littérale (les attendus kimonos et shôjis), avec une touche modernisée (les couleurs, motifs et volumes s’orientent volontiers vers une abstraction ludique). Mais le résultat manque d’effet saillant (lumières sans grâce de Valerio Alfieri), de perspective (la caméra de Matteo Ricchetti évite soigneusement le plan trop large) et tout simplement de puissance. Dans la famille « Japon revisité », la comparaison avec la Butterfly de Minghella (ENO 2005, triomphant ensuite à New York), sommet de poésie et de sens de l’espace, serait cruelle.

Musicalement, on est aussi sur sa faim. La direction de Laurence Gilgore ne manque pas de partis pris (en témoigne le fugato hargneux de l’ouverture) mais reste souvent prosaïque et se pose sur des phalanges trop imparfaites : les sopranos chantent bien bas à l’entrée de Butterfly, brisant parfaitement le charme diaphane du moment, et les attaques de l’orchestre sont souvent imprécises. Tout reste d’ailleurs très en arrière dans la prise de son. Ce serait consolation si la distribution n’était grevée par un Pinkerton au timbre serré, au soutien inégal (le médium est presque droit) et au chant à l’emporte-pièce ; à sa décharge, précisons qu’il remplaçait au pied levé Hugh Smith initialement programmé et décoche au moins des aigus bétonnés… à défaut de paraître investi dans ce qu’il chante. À côté de comprimari génériques, on retient au moins un Sharpless de belle prestance, une honnête Suzuki, et une Cio Cio San investie sinon vraiment touchante – on voudrait plus de couleurs, de nuances, d’inventions singulières à ce Papillon presque trop solide, même si son format vocal en assume sans effort les élans les plus désespérés. On lui aurait souhaité un écrin théâtral et musical plus éloquent, subtil et stimulant.

 

Chantal Cazaux